Merci à Jean-François Regnier pour la retranscription de cette émission dans son intégralité.
C'était encore le temps des émissions réalisées dans les conditions d'un direct réel avec une liberté d'expression qui a bien disparue de nos écrans, aujourd'hui très policés, en particulier par les animateurs.
On retrouve Daniel tel quel qui s'exprime sur la Chanson Française, sa jeune carrière, la navette spatiale, la moto, la scène, l'argent, le cinéma, les maîtres à penser.
Daniel revient également, un an plus tard, sur l'incident télé face à Mitterrand. Il en profite pour l'interpeller à nouveau, via la télé, au sujet des radios libres.
Ses invités sont Pierre Rapsat, Bertrand Tavernier, Jean Botherel, Patrick Meyer. L'émission est présentée par Didier Lecat. Le dessinateur Cabu intervient à deux moments de l'émission.
Il manque cinq minutes à la conclusion de l'émission dont l'essentiel est ici retranscrit.
Didier Lecat : Bon après-midi, bonjour Daniel
Daniel Balavoine : Bonjour.
D.L. : L'actualité nous commande cet après-midi. On rejoindra dans quelques instants le journal pour le lancement de la navette spatiale américaine.
Vous qui aimez l'actualité, je pense que ça vous intéresse. Et vous devez être heureux d'ailleurs que la navette parte dans votre émission.
D.B. : Ca nous fera un indice d'écoute plus fort. C'est ça ?. S'il y a plus de gens qui regardent encore, c'est parfait !. C'est bien !.
D.L. : Alors, Daniel Balavoine, bientôt 30 ans.
D.B. : Oui, dans pas longtemps…deux mois et demi…trois mois.
D.L. : Une solide expérience de la scène et du disque.
D.B. : Un début solide d'expérience.
D.L. : Quatre, cinq ?.
D.B. : Le disque ça fait…
Finalement j'ai enregistré le premier disque il y a une dizaine d'années donc ça fait une bonne dizaine d'années.
La scène ça fait pas longtemps, c'est plus frais. C'était il y a deux ans. Premier Olympia, il y a deux ans. J'avais fait de la scène avec des groupes de rock mais c'était différent. Tout seul, avec des copains nouveaux, c'était il y a deux ans.
D.L. : Alors vous êtes dans le groupe de tête de ce que l'on a appelé - et je trouve que ce n'est pas à tort d'ailleurs - la "Nouvelle Chanson". Parce qu'elle a renouvelé quand même un art traditionnel et très ancien.
D.B. : Je ne sais pas. "Nouvelle", je ne sais pas. Une "Autre" chanson. Je préférerais que l'on dise une chanson "Différente". Un état d'esprit différent dans la chanson. Ce n'est pas une "Nouvelle Chanson". La Chanson Française a toujours existée.
D.L. : Et vous n'avez - mais ça tout le monde le sait - ni les idées, ni votre langue dans la poche. Et si vous avez lu, comme moi, les journaux de ce matin, vous savez qu'on vous attend cet après-midi.
D.B. : Ben ça prouve qu'il n'ont pas grand chose d'autre à faire et c'est surtout ça qui est grave. Je suis très content qu'ils m'attendent, cela dit je suis très flatté. Mais je trouve qu'il y a des événements plus graves en France en ce moment que d'écouter Balavoine à la télé si vous voulez…
D.L. : Ne vous plaignez pas…
D.B. : Non mais d'un autre côté, comme tout artiste, j'ai ma petite pointe de mégalomanie et c'est toujours agréable de se voir dans chaque quotidien.
Mais enfin, je signalerais à ces gens là, pendant l'émission, qu'il y a peut-être d'autres sujets qui sont un peu plus préoccupants que l'opinion…
D.L. : C'est peut-être pour ça qu'ils vous écoutent d'ailleurs parce que vous avez des choses à dire sur des sujets qui sont intéressants.
D.B. : Enfin néanmoins, c'est peut-être eux qui devraient me les faire remarquer quand je les oublient…
D.L. : Ca c'est de la fausse modestie…
D.B. : Non, non…on verra…. Soyons gais !!.
D.L. : Bon alors…tout le monde croit que vous êtes né dans le sud-ouest mais vous êtes né à Alençon ?.
D.B. : Je suis né à Alençon, dans l'Orne. Mes parents ont faits les cochonneries qu'ils avaient à faire où ils pouvaient. Il se trouve qu'un jour, ils les ont faits en Normandie et c'est là que je suis né. Ca ne me gêne pas du tout d'ailleurs.
D.L. : Le sud-ouest, vous y avez habité, vous y avez fait vos études ?.
D.B. : Oh oui. J'ai fait mes études dans le Pays Basque. Au début à Hasparren puis à côté de Bordeaux. J'ai fait des études à Pau aussi. Donc dans le sud-ouest.
Bordeaux, Biarritz, Pau, le Pays Basque, les Landes - mes grands parents étant des Landes .
Donc je me sens peut-être - sans vouloir frustrer ou vexer les normands - peut-être un petit peu plus de là-bas.
D.L. : C'est mai 68 - et je trouve ça très conformiste d'ailleurs - qui a fait votre destin, qui l'a changé.
Et vous êtes monté à Paris, comme tout le monde, vous, Daniel Balavoine…
D.B. : C'est peut-être le seul point où je me sens anticonformiste. C'est mai 68 qui m'a empêché d'aller plus loin finalement. C'est l'inverse. Je devais faire le Droit, Sciences Politiques, l'E.N.A. etc.
D.L. : Vous seriez ministre…
D.B. : Non, ne parlons pas de malheur !! . Je ne voulais pas mal tourner! . Je n'ai pas dis ça! . J'ai dit simplement que je voulais faire des métiers qui concernaient la politique, le social etc.
Je m'aperçois finalement que l'on peut s'en occuper plus à l'aise et beaucoup mieux quand on n'est pas ministre que quand on l'est. Parce que je vois que ceux qui ne l'étaient pas il y a six mois, s'en seraient occupé apparemment très bien. Mais depuis qu'ils y sont, ils s'aperçoivent que ça n'est pas exactement pareil. Ce qui veut peut-être dire qu'ils n'en sont peut-être pas tous capables d'ailleurs.
D.L. : Je regarde l'heure pour ne pas rater la navette spatiale.
Dans cette émission qui est la votre, il y aura Pierre Rapsat…
D.B. : Oui, c'est un chanteur belge remarquable.
D. L. : On le présentera mieux tout à l'heure. Le cinéaste Bertrand Tavernier, vous souhaitiez le rencontrer.
D.B. : Oui.
D.L. : Le journaliste-écrivain Jean Botherel que vous connaissez.
D.B. : Voilà, je lui ferai ma déclaration d'amour à l'antenne.
D.L. : Il a écrit "Un prince" qui est un livre très curieux, que vous avez dû dévorer.
D.B.: Je n'arrive pas à le dévorer. C'est bien plus grave que ça.
J'en suis à la page 40 parce que je me disais, je vais prendre un crayon, souligner ce que j'aime bien etc. Et puis je m'aperçois qu'il y a à peu près une ligne à souligner à chaque ligne.
D.L. : Nous verrons ça tout à l'heure avec lui. On parlera des radios locales ou libres. On parlera de beaucoup de choses. On parlera d'un certain journal télévisé d'Antenne 2 avec François Mitterrand. Vous nous direz en le regardant à nouveau ce que vous en pensez. On ira à Cabourg pour une émission un petit peu gag. On verra ce que fait Cabu.
D.B. : Oui, tant pis !
D.L. : Tant pis pour vous. Et puis, on verra aussi votre journée. Nous allons tout de suite rejoindre le journal, Georges Leclerc, pour le lancement, nous l'espérons en tout cas, de la navette spatiale.
(Journal puis retour plateau).
D.L. : On va accueillir quelqu'un que vous connaissez bien. C'est vous qui nous en avez parlé.
On va lui demander de se mettre en place. On est un tout petit peu bousculé.
C'est Pierre Rapsat. Vous pouvez peut-être nous le présenter.
D.B. : Pierre Rapsat, c'est une jeune fille que je connais bien sous plein d'angles, une belge aussi, qui me l'a fait découvrir…
D.L. : Annie Cordy ?
D.B. : Non, non. C'est une jeune fille d'abord…j'ai dit.
Ce qui ne veut pas dire qu'Annie Cordy soit une vieille fille, c'est une dame.
D.L. : Alors, Pierre Rapsat.
D.B. : Alors Pierre Rapsat, je ne sais pas trop quoi dire quand on aime les gens, ça fait toujours un peu tube de pommade. Je dis simplement que j'ai beaucoup d'admiration pour lui. Il fait une musique originale et non pas marginale, ce qui est beaucoup moins gênant. Ca l'amènera fatalement à un moment donné à être connu, ce qui est peut-être la pire chose qui lui arrivera. Il est déjà très connu en Belgique et très apprécié. Il commence à l'être en France et je souhaite de tout mon coeur, par amitié et par affection que tout ça lui arrive le plus vite possible.
(Chanson Pierre Rapsat).
D.L. : Pierre Rapsat va nous rejoindre. On va peut-être pouvoir parler quelques minutes avant de retrouver le journal d'Antenne 2 pour cette navette qui a encore des problèmes apparemment.
D.B. : Non mais c'est pas grave. Ca va s'arranger…les problèmes de navette s'arrangent toujours.
D.L. : Alors… (s'adressant à Pierre Rapsat)…vous êtes une vedette belge, ultra-célèbre en Belgique. Vous avez fait 6 albums je crois ?.
Ce qui est tout a fait anormal, c'est que vous devriez être connu en France depuis longtemps ?.
Pierre Rapsat : Oui, bon, il se fait que je ne suis pas beaucoup passé en radio et en télévision. Donc forcément…je ne suis pas très connu.
D.L. : Comment vous vous êtes connus ?. Dans une tournée en Belgique ?.
D.B. : Non, non. Pas du tout. Je l'ai découvert tout d'abord sur des disques à travers…ne nous cachons pas plus longtemps…à travers ma fiancée, tout simplement, qui aimait beaucoup ce que faisait Pierre, que je ne connaissais pas.
Comme ils sont du même pays, un jour, à l'occasion d'une émission qui s'appelait "Numéro 1", que je partageais avec un monsieur qui s'appelle Louis Chédid… comme on pouvait inviter qui on voulait également dans cette émission là… de préférence des artistes de la même maison de disques…j'ai eu le plaisir… sans vouloir parrainer parce que je me considère comme lui, sans fausse modestie, aucune…je me trouve vraiment à égalité et…la notoriété de différence va rétablir les choses rapidement.
On s'est connu ce jour là parce qu'il chantait une chanson qui s'appelait "Poupée mécanique" et puis ainsi de suite parce que j'aime ça…
D.L. : Vous avez des points communs sur le plan musical ?.
P.R. : On ne fait pas la même chose mais on essaye de faire la même chose dans le même esprit, de la même façon, avec des groupes, avec des musiciens.
D.L. : Comment peut-on définir cette musique si tant est que ce soit possible ?.
P.R. : Du rock. Je crois que Daniel comme moi, on a été très influencés.
On a baignés dans tout ce qui était rock'n roll dans notre jeunesse et c'est ça qui a donné envie de prendre une guitare et de chanter.
D.B. : C'est à dire que…je ne vais pas commencer à lancer des flèches parce que ça ne sert à rien. Il n'y a que les gens de la presse spécialisée rock française qui ne s'aperçoivent pas que l'on fait de la rock music.
J'ai vraiment l'impression de faire de la rock music au même titre qu'Alain Chanfort, que Michel Berger, que Pierre Rapsat, qu'Higelin.
D.L. : C'est un label de faire de la rock music ?.
Vous avez l'air de dire que c'est beaucoup mieux que le reste ?.
D.B. : Ca veut dire en tout cas que c'est beaucoup plus volontaire que le reste. On donne le meilleur de nous-mêmes.
Ca veut dire que l'on fait une musique volontaire qui n'est pas une simple copie conforme des vieilles traditions françaises c'est à dire soit de Léo Ferré, de Brel, de Brassens, de Bécaud, d'Aznavour etc. On essaie de faire une musique volontaire qui tend vers certaines choses, je ne dirais pas nouvelles mais différentes…
D.L. : Il y a la navette. Pierre Rapsat, on a entendu une chanson d'un disque que vous venez d'enregistrer. C'est une occasion pour vous dire que l'on vous attend en France.
Revenez quand vous voulez, via Balavoine ou via d'autres…
D.B. : Via tout seul. Je crois qu'il est question qu'il vienne au mois de janvier à la télévision, à Antenne 2, avec un long show qui s'appelle "Bizzarrostil".
J'espère qu'Antenne 2, passera comme promis ça. Ca serait formidable.
D.L. : Georges Leclerc au journal.
(Journal-lancement de la navette)
D.L. : Merci Georges Leclerc. Nous sommes heureux d'avoir vécu cet événement en direct.
Ca n'a pas l'air de vous fasciner outre mesure l'aventure spatiale.
D.B. : Non pas spécialement. Je ne veux pas rentrer dans la catégorie des gens qui disent que l'on ferait mieux de garder l'argent pour faire autre chose. J'imagine que si l'on fait ça, c'est que ça doit avoir une utilité quelque part. Tant qu'elle n'est pas militaire, tant qu'elle n'est pas guerrière…
On ne va pas cracher sur le progrès en permanence. Ce n'est pas une chose qui me fascine. Si, Gagarine à l'époque, quand j'étais petit, je trouvais ça très rigolo. Les premiers qui sont sortis dans l'espace avec le cordon ombilical rattaché à leur fusée, je trouvais ça assez passionnant.
Je trouve maintenant hélas, comme toute les choses de notre temps, que ça se banalise un peu. Je comprends que Georges Leclerc, qui est un scientifique, s'émerveille de savoir qu'un véhicule repart après avoir fait un million et demi de kilomètres.
Mais moi personnellement ça ne me fait pas grand-chose, je dois l'admettre. Cela dit, ça n'empêche pas que les gens qui réalisent ce genre de chose seront probablement, sans aucun doute, des gens exceptionnels.
D.L. : Vous n'avez jamais rêvé d'être cosmonaute, astronaute ?.
Vous ne vous voyez pas aujourd'hui dans la navette ?.
D.B. : Non, pas du tout. Je ne rêve pas d'être bien ailleurs.
Je rêve d'être bien ici. C'est ça qui m'intéresse. Ce n'est pas d'être bien sur la lune ou d'être bien sur Jupiter.
Ce que je voudrais c'est avoir la paix, la tranquillité et l'amour ici et nulle part ailleurs.
D.L. : Pierre Rapsat, on va regarder une journée avec Daniel Balavoine, c'est une tradition de cette émission.
Une journée qui commence sur deux roues, vous allez voir, puisque Daniel est un adepte de la moto.
On essaiera de savoir pourquoi. Si c'est le mythe, le symbole… On se posera la question tout à l'heure.
(Reportage).
(Daniel commente les images qui le montrent prendre des leçons de moto).
(Daniel commente les images qui le montrent prendre des leçons de moto).
" La moto, c'était au départ une idée un peu banale. C'est une question de commodités pour se déplacer dans Paris, en ville.
Et puis, c'est venu aussi en vacances, pendant l'été. J'avais une petite moto, une 125. Je voyais les gars passer avec des grosses motos. Ca me faisait un peu envie. Mais l'idée initiale c'était de se garer dans Paris. Pas trop se faufiler parce que c'est interdit quand on passe son permis. Pouvoir se déplacer rapidement et être plus indépendant.
Et puis, après les premières leçons…vous allez peut-être le comprendre quand vous verrez ça sur l'autoroute… c'est la notion de vitesse et d'indépendance. Et contrairement à tout ce que l'on peut imaginer, c'est la notion de sécurité.
On a l'impression que l'on peut échapper à tout. Si un obstacle se présente, il suffit d'ouvrir. Et quand on ouvre…on appelle ouvrir accélérer très fort…on s'échappe. Si deux voitures se resserrent, on accélère, les voitures sont loin derrière.
On est sur la machine. Je m'excuse de parler comme ça mais on l'a entre les jambes et sous le ventre. Il se passe physiquement quelque chose d'impressionnant, de vraiment extraordinaire.
C'est la vie."
(On voit ensuite Daniel au piano, composer un morceau sur des conseils d'Hervé Limeretz. Il s'arrête de jouer).
"Vous voyez, c'est l'exemple-type des choses que je ne sais pas. Je ne suis pas entrain de prendre une leçon de piano. Je suis entrain de travailler à ma façon. Je dirais plutôt à notre façon. Parce que je n'écris pas la musique. Ce n'est pas fondamental pour moi, pour faire ce que je fais.
Je ne suis pas Bethoven et ce n'est pas compliqué à ce point là. En plus ce n'est pas une façon de travailler qui me conviendrais. J'ai trois éléments pour travailler. D'abord, moi.
Je me mets en premier parce que c'est de moi que ça sort, même si ça sort de ce que j'entends à côté, quelquefois. Et puis, il y a en deux, le magnétophone qui est un peu ma feuille de papier. Pas dans le sens de l'écriture mais dans le sens de la mémoire.
Et puis après il y a Hervé qui est musicien…dis bonjour au public… qui joue avec moi depuis six-sept ans et que je rencontre chaque fois que je prépare un disque, pour faire ce que l'on appelle des grilles, vous voyez. Ce sont les harmonies de mes chansons. On fait ça parce que je ne connais pas le nom des harmonies que je fais. J'en connais quelques unes. Vous m'avez entendu dire tout à l'heure le nom de certains accords. Ce n'est pas pour frimer. Je sais que ça c'est un fa mineur, que ça c'est un fa bémol.
Mais il y a des accords qui se compliquent comme celui que l'on a fait après, qui est un…fbmmolmajeur ???… A vrai dire, pour moi ce n'est pas important que ça s'appelle comme ça. Ce qui est important, c'est le son que ça a.
Mais par contre, c'est important pour les musiciens qui vont jouer avec moi. Hervé retranscrit tout ça clairement et lorsqu'on répète, qu'on est en studio, qu'on enregistre, il donne ça aux musiciens.
A partir de ça, on cherche des arrangements. Ce qui fait qu'on n'a pas besoin d'arrangeurs. On fait un travail de groupe. Hervé emmène les cassettes chez-lui et il travaille dessus.
Tout ça pour dire que c'est un état d'esprit de ne pas vouloir prendre d'arrangeurs qui font d'une mélodie bonne ou mauvaise, quelque chose soit trop grandiloquent, soit de trop simple. On fait un travail d'équipe, avec des musiciens qui sont chacun à leur instrument. Ce qui n'est pas le cas des arrangeurs qui jouent du piano, arrangent la batterie, arrangent la basse, arrange la guitare. Quelquefois il arrange mais c'est vraiment le cas de le dire, c'est bien arrangé… Ce n'est pas obligatoire que ça convienne à la chanson ou au goût que l'on a.
Alors, on sait au moins que chaque musicien a son instrument et est censé pouvoir donner le meilleur de cet instrument. Je fais confiance aux gens qui m'entourent.
Ca me rappelle ma jeunesse. Je ne suis pas vieux mais je ne suis plus jeune non plus.
J'ai commencé par faire des groupes de rock. Et j'ai la sensation toujours de faire la rock music, pas du rock'n roll.
Je ne fais pas du Bill Haley ou du Eddy Cochran. J'ai la sensation de faire de la rock music française.
En travaillant comme on fait là avec Hervé, c'est du travail de musicien. De musicien un peu profane en ce qui me concerne. Mais c'est bien parce que je crois que si je connaissais tout tout seul, je m'ennuierais. Ca m'empêcherait d'avoir des liens d'amitié avec des gens comme Hervé, avec des gens qui travaillent avec moi. Ca me gâcherait toute ma vie. Ca ne m'intéresserait plus du tout."
(Il enchaîne avec les prémices de "Dieu que l'amour est triste")
(Puis on assiste à la mise en place du spectacle sur une scène. Eclairages, accord des instruments etc…).
"…C' est le montage de la structure, de tout ce qu'on amène. Ca fait beaucoup de choses.
On arrive pour tout ça avec un gros semi-remorque, pour essayer d'amener beaucoup de lumière et beaucoup de son. C'est une question de conception. Il y a des gens qui font du spectacle avec peu de son et peu de lumière. A l'époque où on vit, c'est mieux d'avoir tout ce qu'il faut. Ca fait partie de la magie du spectacle. Moi, quand je vais à un spectacle, je ne supporte pas que ce soit mal éclairé.
Même au début, je me rappelle, il y a un an et demi, deux ans, quand on n'avait pas encore beaucoup de moyens, on chantait "à perte" pour avoir une structure de scène conséquente. Avoir quelque chose de vraiment bien. Amener un petit peu de rêve. C'est ce qui me manque le plus lorsque je vais voir un spectacle d'un petit peu désuet. Cela dit, ça ne veut pas dire que tout le monde doit faire comme ça. Vous avez vu les techniciens travailler. Travail de réglage, de préparation, d'angle des lumières.
On a fait des essais de fumées parce que la fumée permet de mieux cerner le halo des projecteurs et pour le soir, pour les gens, c'est plus spectaculaire.
Là on va attaquer la répétition d'un nouveau morceau qui est en fait un ancien morceau mais qu'on n'a pas fait depuis longtemps. Et puis on va régler tous les sons des instruments…"
(Répétitions de "Toi et moi" et de "Je suis bien")
(Retour plateau)
Didier Lecat : C'est ce que l'on appelle une galère, non ?.
Daniel Balavoine : Ah non !!. Les galères, ce n'est pas ça. Ca c'est ce que l'on appelle travailler dans de bonnes conditions, avec de bons producteurs que je remercie.
J'en profite d'être à l'antenne parce que jamais on ne remercie les producteurs. Je les remercie tout particulièrement.
D.L. : Vous allez surprendre tout le monde.
D.B. : D'ailleurs, je vais donner leurs noms, en plus je vais me gêner !. Il y en a un qui s'appelle Claude Jarroir qui a travaillé avec Julien Clerc et plein de gens.
Et un autre qui s'appelle Robert Bialek. Ce sont deux jeunes garçons. Ils sont plus vieux que moi mais ils sont jeunes quand même, j'espère. Ils sont formidables.
Je veux dire qu'ils ont compris ce que c'est que l'envie de faire de bonnes choses. C'est eux qui m'ont aidé à chanter avec une structure de scène de vedette, alors que je ne l'étais pas encore et que je ne le suis, en tout cas sur scène, toujours pas. Je ne suis toujours pas une vedette de scène. J'ai fait deux Olympia. Un pour confirmer l'autre. Si je réussis le Palais des Sports que je fais au mois de juin, je serai une vedette.
D.L. : On en parlera tout à l'heure.
D.B. : Ces producteurs là sont, dans le métier que je fais en ce moment, des producteurs "miracle", comme il n'en n'a pas existés jusque là. A part peut-être Charley Marouani avec Jacques Brel mais dans des conditions tout à fait différentes, parce que dans des nécessités techniques beaucoup moins fondamentales.
D.L. : Comment va le métier de la chanson vu par Daniel Balavoine ?.
D.B. : Vu de mon côté, il va pas mal. Merci. (rires)
D.L. : Non. comment voyiez-vous le métier, vous ?.
D.B. : J'avais bien compris. Il y aurait plein de choses à dire. Ca serait un débat de trop longue haleine.
Sur le plan du disque, on n'a pas assez de données parce que c'est vraiment du trust, du grand commerce. Je ne suis pas là pour cracher dans la soupe. Je ne le ferai pas. Je suis complètement dedans. Je ne parle pas de la vie privée, de la vie intime.
Je ne vis pas avec d'autres chanteurs, à part avec Michel Berger et quelques uns, Coluche.
Mais je suis dedans. Je fais ce métier. Je vends des disques. Je les fais vendre par des vendeurs de disques, par des fabriquants de disques etc.
D.L. : Vous gagnez de l'argent ?.
D.B. : Je gagne de l'argent. Je vais me gêner peut-être ?.
D.L. : Vous en redistribuez un petit peu ?. Vous avez des actions ?.
D.B. : J'aurais dû amener ma déclaration fiscale de l'année. On aurait peut-être un peu rigolé.
On en reparlera tout à l'heure pendant le problème politique, ça sera plus intéressant. Ca a plus rapport avec la politique qu'avec l'artistique ça.
Par contre, sur le plan de la scène il y a effectivement dans le métier sûrement beaucoup de choses à changer. Ca ne sera probablement pas écrit dans le rapport de Pascal Sevran que l'on va avoir dans deux jours.
D.L. : Qui s'occupe de la chanson française…
D.B. : …Mouais…
D.L. : Vous ne trouvez pas ça bien ?.
D.B. : Je trouve que c'est bien que les gens s'occupe d'eux-mêmes au lieu de s'occuper de ce que font les autres. Quand il s'agit d'un métier ou d'une profession, chacun le fait comme il veut.
J'estime que la Chanson Française et que les artistes français sont assez grands pour se défendre tout seul. On n'a pas besoin d'avoir un rapport. On n'a pas besoin ni d'être notés, ni d'être jugés, ni d'être décrits, racontés.
D.L. : Non, ce n'est pas ça. On peut défendre la Chanson Française attaquée par la chanson américaine ou anglo-saxonne.
D.B. : Je connais un excellent moyen de défendre la Chanson Française, c'est d'en faire de la bonne.
(Ils croisent tous les deux leurs bras).
D.L. : On ne va pas croiser nos bras tous les deux…
D.B. : Si, si, c'est marrant… (Il continue)…je ne dis pas que celle que je fais est bonne. Je dis, en tout cas, que j'essaye d'en faire de la bonne.
Je crois que le meilleur moyen d'être plus fort, c'est simplement de travailler pour ça et de ne pas travailler autrement et de ce contenter de peu. Ca va ça aussi dans le sens du spectacle.
Les artistes français, en général, auront intérêt à se méfier à partir de maintenant parce que la musique anglo-saxonne nous a envahie jusque là, à juste titre, moi je le pense, parce qu'elle a été souvent meilleure que la notre. En tout cas plus travaillée, plus recherchée. En plus maintenant, le spectacle anglo-saxon maintenant nous envahi parce que des groupes comme Police, comme Supertramp, comme Génésis, font des tournées en France.
On voit arriver ces gens là avec des structures de scènes monumentales, avec de beaux éclairages, avec du vrai spectacle. Les chanteurs français, je le dis sans crainte et sans honte, qui demandent des tarifs prohibitifs et qui arrivent les mains dans les poches avec des costumes soit noirs, soit blancs, vont commencer à devoir se ronger les ongles des pieds parce qu'il y a pleins de gens qui vont commencer à ne plus aller les voir. Sans compter que l'on est quelques chanteurs français à vouloir s'en mêler aussi.
D.L.: Juste un mot sur la journée. La moto, c'est pour faire comme Sardou et Hallyday ?.
D.B. : Qui c'est Sardou et Hallyday ?.
Vous parlez de Fernand Sardou et de David Hallyday ?.
D.L. : Ne soyez pas méchant gratuitement ?.
D.B. : Non, non. Je disais ça pour rigoler !!!.
C'est vous qui êtes méchant gratuitement.
D.L. : La moto ?.
D.B. : La moto c'est quelque chose de formidable.
Sûrement pour Sardou et Hallyday aussi d'ailleurs.
D.L. : C'est bien ?.
D.B. : Oui, c'est vivant. Je le dis un petit peu dans le document. Je dis, c'est quelque chose…et… je suis un peu plus gêné de le dire en direct que tout à l'heure, c'est quelque chose que l'on a entre les jambes et qui vit.
Et ça, je l'ai dis tout à l'heure, quand on ouvre, quand on accélère, il se passe quelque chose d'extraordinaire. Je ne le savais pas il n'y a pas longtemps.
Je le sais simplement depuis un mois grâce en plus à un moniteur d'auto-école, que l'on voit d'ailleurs à l'image, qui s'appelle Jean-Claude Muette, qui est un mec qui aime la moto. Il n'aime pas la moto-école, il aime la moto.
D.L. : Tout court.
D.B. : Alors, c'est vivant. C'est quelque chose de corporel.
D.L. : On va regarder ce qu'a fait Cabu depuis le début de cette émission.
D.B. : Oui, tant pis.
D.L. : Mon cher Cabu…
Cabu : Alors, on a commencé par la fusée. Daniel Balavoine disait qu'heureusement que ce n'était pas un programme militaire.
Je peux le rassurer, c'est un programme militaire puisque c'est le Pentagone qui finance…
D.L. : Vous êtes bien au courant mon cher Cabu…
Cabu : Oui, oui,oui, vous pensez.
D.B. : Il n'y a pas que de ça dont il est au courant.
Cabu : On peut être content du départ réussi de la fusée parce qu'on aura satellisé autour de la terre des missiles qui vont nous tomber dessus un jour.
Alors, après, on a commencé le portrait de Daniel Balavoine. Moi, je vois Balavoine un peu avec le voix de Claude François.
D.B. : Ah !. Quelle horreur…
Cabu : Sur des paroles de Jean-Paul Sartre…
D.B. : Je ne parle pas de Claude François, je parle de…
Cabu : Alors je lui conseille de reprendre les "Clodettes" et on appellerait ça "Balavoine et ses Balayettes"
Silence.
D.L. : Ca vous fait rire ce dessin ?.
D.B : Ce dessin ?. C'est le rose qui ne me plaît pas. Ca a un côté asexué qui ne me convient pas tout à fait.
Cabu : Non, je le reconnais. C'est peut-être le meilleur moyen de se faire entendre. Mais je trouve qu'il y a une distorsion entre la musique et les paroles. Mais enfin, ça, c'est un point de vue personnel.
D.B. :Oui, heureusement qu'ils sont 650 000 chaque année à acheter des disques et à penser le contraire.
Cabu. Oui. Alors, on a montré l'arrangeur de Balavoine. Là, j'ai dessiné le premier arrangeur de Balavoine. c'était Monseigneur Maillet. quand vous étiez aux "Petits Chanteurs à la Croix de Bois".
D.B. : Qui, Monseigneur Maillet ou moi ?.
Cabu : Ben les deux.
D.B. : Fausse information. Ce sont mes frères qui y étaient.
Cabu : Aaahhhh !. Je n'étais pas tombé loin !!!.
(Rires.)
D.B. : Mes frères vont être contents de savoir que vous faites des dessins sur eux.
Ils vont être ravis.
D.L. : Vous étiez scout ?. Pas d'organisation de jeunesse ?.
D.B. : Non, non. Mes frères ont été aux "Petits Chanteurs à la Croix de Bois". Ils chantaient à cette époque là, moi pas. Ils ont arrêté les "Petits Chanteurs à la Croix de Bois" et moi, je me suis mis à chanter. Voilà.
Cabu : Mais alors vous parliez aussi du rock. Vous utilisez quand même ce véhicule pour dire des choses.
Mais, je me demande toujours si Rimbaud revenait à notre époque, n'essaierait-il pas d'utiliser un autre véhicule que le rock ?.
D.B. : Est-ce que je peux répondre directement ?.
D.L. : Oui.
D.B. : Ca m'ennuie un peu que l'on parle de Rimbaud parce j'ai souvent dit que la chanson est un produit tellement bâtard. J'espère en être conscient. Il y a peut-être des génies de la chanson. Mais la chanson est un tout petit produit. Je crois qu'effectivement, une chanson est faite de Rimbaud ratés et de Bethoven ratés ou d'autres bien sûr. Peut-être les deux ensembles font un produit qui a un sens particulier mais il faut savoir regarder les choses à leurs justes valeurs.
Moi, on m'appelle de temps en temps auteur-compositeur alors qu'en fait j'écris quelques paroles du mieux que je peux. Je fais de la musique que Cabu devrait écouter un petit peu plus souvent parce qu'elle est vraiment formidable. Je sens que je vais lui faire écouter un peu plus parce que je suis sûr qu'il connaît ma musique autant que moi ses dessins, c'est à dire pas beaucoup.
D.L. : Ca c'est méchant !!.
D.B. : Non !. Pas du tout !. Je tiens à dire que ce n'est pas du tout méchant parce qu'en règle générale, je n'ai jusqu'à présent pas…non, je ne veux pas que l'on dise que suis méchant parce que ce n'est pas vrai… je n'ai jusqu'à présent pas trouvé de grand plaisir à regarder le dessin et la bande dessinée. Mais je n'ai que 29 ans et si les missiles dont nous parlait Cabu tout à l'heure ne nous tombent pas sur la gueule trop tôt, j'aurais peut-être le temps de découvrir ses dessins en même temps que ceux des autres.
Cabu : Alors, dernier dessin.
Vous venez de dire que vous aimiez la moto parce que vous aimiez avoir quelque chose entre les jambes…
D.B. : (Rires). Il s'est dépêché.
Cabu : Faites attention à la chasse aux sorcières.
D.B. : Il y en a d'autres que moi qui s'en occupent.
D.L. : Bien. Vous ne partez pas Cabu ?. Vous n'êtes pas fâché ?.
Cabu : Ah non !.
D.L. : Vous en avez vu d'autres.
Cabu : Vous pensez !!. Ca m'a donné de l'élan.
D.L. : Nous allons regarder un extrait du dernier film de Bertrand Tavernier qui s'appelle "Le coup de torchon".
Et ensuite, nous regarderons en spectateur parce que nous avons enregistré cette séquence, l'insolite rencontre entre Bertrand Tavernier et Monsieur Daniel Balavoine dans une salle de projection.
D.B. : D'accord.
(Extrait du film).
D.L. : Voilà. On vient de voir un extrait du "Coup de torchon". Le "Coup de torchon" c'est le dernier film de Bertrand Tavernier.
Je dois dire, pour la vérité historique, Bertrand Tavernier, que lorsqu'on a commencé à parler de cette émission avec Daniel Balavoine, il voulait vous rencontrer, mais il ne savait pas que votre film sortait au moment de cette émission.
D.B. : Ce qui est tout à fait vrai.
Bertrand Tavernier : Ce qui prouve que la publicité me paraît très bien faite.
(Rires).
B.T. : On le dira à l'attaché de presse…
D.B. : On y avait pensé longtemps avant.
D.L. : Daniel, il faut nous expliquer pourquoi vous vouliez rencontrer Bertrand Tavernier ?.
D.B. : Des explications.
Je dois dire qu'au départ…j'espère que ça ne le choquera pas… que ce n'est pas pour des raisons cinématographiques, c'est venu peu après. C'est l'envie de le rencontrer.
Quand j'ai vu "L'horloger de Saint-Paul", je me suis dit que ce serait intéressant de parler avec quelqu'un qui a fait ça. Entre "intéressant" et "avoir envie", ce sont deux choses complètement différentes.
Un jour, je vous ai vu. C'était aux "Césars". Il y avait un prix qui était remis à un cinéaste italien qui n'avait pas pu venir et c'est vous qui êtes venu chercher le prix.
B.T. :C'était à Losey…
D.B. : Voilà. Oui, c'était à Losey plutôt.
Et alors, vous êtes venu en disant "…oui, ben écoutez, voilà, je vais le prendre puisqu'il n'est pas là…", et il y a eu toute une explication qui n'en était pas une et qui m'a fait rire et qui m'a…je ne sais pas… j'ai trouvé ça bien.
Il y a des choses qui rendent les gens attirants. C'est un peu bêta à dire mais il y a des choses qui font que l'on est attiré par quelqu'un. Une simple attitude fait que tout d'un coup on peut avoir, en plus d'y trouver de intérêt, avoir en plus envie de rencontrer cette personne.
C'est cette toute petite chose je crois qu'il y a eu dans une émission cinématographique. Le même genre de gag involontaire. Cet espèce d'attitude complètement renfermée, un peu embarrassé, leur dire "…écouter, si vraiment il faut le faire…bon…on va y aller… vous voulez vraiment que je vous en parle…".
D.L. : Daniel, on peut dire deux mots du film, puisque vous l'avez vu il y a quelques jours.
D.B. : Moi je l'ai vu et j'ai trouvé ça… Bon, on ne va rentrer dans les tubes de pommades parce que sinon, on n'en sort plus.
C'est un film qui m'a mis extrêmement mal à l'aise. J'étais avec des personnes, dans une petite salle de projection, qui étaient extrêmement mal à l'aise aussi. Après, selon les goûts, les réactions peuvent être différentes.
Moi, j'aime le malaise parce que je trouve que quelqu'un qui arrive à provoquer le malaise chez les gens et qui dérange, c'est automatiquement le départ d'un réflexion.
C'est comme la différence entre quelqu'un qui dit "Je t'aime" et quelqu'un qui dit "Je ne t'aime pas". Quelqu'un qui dit "Je t'aime", ça ne dérange personne, on trouve ça formidable et ça n'a pas besoin d'autres explications que ça. On dit "Je t'aime". Point. Alors que quand on dit "Je ne t'aime pas", oui, mais "Pourquoi ?.", "Quelles sont les raisons ?.". Et le malaise…
B.T. : Comment dire ?. Je voulais casser l'image que l'on a un petit peu de moi, qui est une image par moment sympathique, gentille, et tout… C'est peut-être vrai. J'ai voulu un peu la mettre un peu en danger et parler de choses dures, difficiles. En parler avec dérision, avec humour, avec cocasseries.
J'avais l'impression, après une semaine de vacances, que les gens m'avaient étiquetés. J'ai voulu tout d'un coup échapper à ça. Ce n'est pas la première fois que je faisais ça. Je l'avais déjà fait dès "Que la fête commence", dès "Le juge et l'assassin".
Je voulais encore plus y échapper. Faire un film qui soit très libre. Qui soit un film selon mon coeur, qui ne se rattache pas à un genre, à une catégorie, à un certain style et qui tout en faisant rire, provoque en effet une certaine forme de remise en question, de malaise.
D.B. :Enfin le malaise…si on peut encore parler un peu du film…le malaise qu'il y a là-dedans… je pourrais presque plus te l'expliquer à toi (s'adressant à Didier Lecat) parce que je ne sais pas si tu as déjà vu le film ou si tu vas le voir…
Le film montre le bien que croit faire quelqu'un qui tue. En fait, on aime bien le mec qui tue.
B.T. : Moi, je l'aime beaucoup.
D.B. : Je sais qu'il y a des matins où je me suis levé en me disant "… si je pouvais me le faire parce qu'il m'énerve pour une raison ou pour une autre…".
On a l'impression à ce moment là que le fait de tuer n'est pas si vilain que ça. On s'habitue à Noiret, dans le film, qui est comme ça.
D.L. : Avec toutes les ambiguïté du personnage.
D.B. : Alors que tous les gens qui s'engueulent, pour un oui ou pour un non, qui sont en fait de vrais méchants et qui ne font de mal à personne, qui tapent simplement, qui frappent.
Il y a un gars qui frappe sa femme, qui frappe son esclave. Bon, il frappe. Ca ne va pas loin.
D.L. : Ce qui est intéressant aujourd'hui, c'est qu'on peut expliquer à un cinéaste ce que l'on a compris. Il peut répondre. Alors que l'on ne peut pas demander à Shakespeare de répondre sur ces pièces.
B.T. : Hugo a essayé de faire parler par tables tournantes
D.L. : Oui, c'est vrai. Je crois que c'est intéressant de voir comment quelqu'un ressent un film, par rapport à ce que l'on voulait faire.
B.T. : J'aime bien les explications de gens qui sont dans le spectacle mais qui ne sont pas forcément dans le même métier que moi.
Je trouve qu'il y a une autre forme de sensibilité, une autre forme d'approche. Et ça, ça m'intéresse.
Les explications de Daniel Balavoine, je les accepte.
Je suis encore trop près de mon film pour savoir exactement ce que j'ai fait. Et si je l'ai fait, tout le monde me demande de définir ce film. Les gens me disent, il est inclassable, essayez de définir.
Si je l'ai fait, c'est justement parce que pour moi aussi je voulais explorer ça, je voulais essayer de trouver. Pour moi aussi c'était un petit peu inclassable. Je ne connais pas très bien les raisons. Je ne sais pas exactement quoi penser du personnage principal. Il y a des jours où je l'aime énormément.
Je dis, c'est peut-être une boutade, si j'ai fait ce film, c'est une des manières de m'empêcher, sinon de tuer quelques personnes, du moins d'essayer vraiment de les démolir.
Et je me sens très très proche de ce que fait Noiret dans le film tout en étant complètement horrifié par ce qu'il fait. C'est…
D.B. : C'est dur…
D.L. : Si je peux mettre mon grain de sel…
D.B. : Oui, d'accord. Mais le plus rapidement possible parce que là on dépasse… (humour)
D.L. : Excusez-moi. Je trouve que vous êtes deux non conformistes.
Peut-être que ce qui est intéressant c'est de savoir que ni Daniel Balavoine, ni Bertrand Tavernier n'ont envie, lorsqu'ils ont réussi de faire quelque chose, de refaire la même chose.
Quand vous faites un film, vous essayez de faire autre chose, complètement différent, quitte à prendre d'autres risques, de faire un autre cinéma.
B.T. : C'est plus marrant.
D.L. : Daniel, vous faites un peu pareil.
D.B. : Je fais un peu pareil.
D.L. : Vous vous remettez en cause facilement.
D.B. : C'est à dire que moi je suis hélas et en même temps content d'être limité musicalement.
Je n'ai jamais appris la musique donc je commence à sentir où est la frontière, la limite qui va devenir une frontière pour passer à autre chose.
B.T. : Moi, je n'ai même jamais appris à lire.
D.B. : Ca peut servir…
D.L. : Vous savait lire les contrats ?.
B.T. : A peine, à peine.
(Rires)
D.L. : Et les scénariis ?.
B.T. : Je me les fais traduire… (Rires)
D.L. : Vous lisez les contrats ou les scénariis ?.
B.T. : C'est très difficile. Je ne sais pas lesquels. Je me les fais dicter.
D.B. : Mais le remise en question c'est ce qui fait qu'on vit.
Il y a des choses étonnantes chez Bertrand c'est vouloir tout remettre en question mais par contre souvent avec les mêmes gens. C'est à dire avec Aurenche, Noiret, Rochefort.
Tout refaire…
D.L. : C'est vrai ça. Il y a la bande à Tavernier ?.
B.T. : C'est une famille. Je ne sais pas si c'est la bande. Elle devient large maintenant. Il va falloir acheter un château pour s'y mettre tous.
D.L. : Pensez aux impôts nouveaux…
B.T. : Oui, justement, c'est très mauvais en ce moment. On va rétrécir les effectifs. C'est vrai qu'on travaille bien avec les gens de la même famille.
Moi, j'ai besoin de gens qui me fassent rire, et que je fais rire aussi de temps en temps quand j'arrive à placer une plaisanterie pas trop stupide. J'ai besoin de gens qui ont de l'humour.
Les gens avec lesquels j'ai travaillé, que ce soit mon chef opérateur, mon monteur, que ce soit une partie des comédiens, notamment tous les comédiens qui étaient dans "Coup de torchon", ce sont des gens qui me font beaucoup rire, qui ont un sens énorme de l'humour, de la dérision. Ca, ça me plaît beaucoup. Ca coupe toute solennité, tout danger de sérieux de se prendre la grosse tête.
Par contre, ce qui est bien c'est de ne pas se conforter, se dire que c'est bien, que l'on est une petite bande, continuons comme ça. C'est, à chaque fois, repartons pour quelque chose de différent. Tout le monde est obliger de commencer un film comme si c'était le premier et de commencer un plan comme si ce plan était le plan moteur, le plan essentiel du film. Et ça, je trouve que pour moi, c'est très important. Ca donne une atmosphère de passion, d'enthousiasme qu'il y a sur le film. Je crois que c'est vrai et que c'est pour ça que les acteurs aiment travailler avec moi.
D.L. : Vous êtes content de la façon dont vous travaillez!. Pas de problème !
B.T. : Je suis très content. J'ai pleins de doutes tout le temps.
D.L. : Vous êtes allé de la critique à la non-autocritique.
B.T. : J'en fais tout le temps de l'autocritique. J'ai une autocritique, elle est psychosomatique. Ce n'est pas une angine que j'ai en ce moment, à la veille de la sortie du film. C'est ça ou c'est d'être malade comme un chien à la veille du premier jour de tournage. C'est d'avoir des moments de doute et d'avoir besoin de gens qui me réconfortent tout le long, pendant le tournage. Il y a des moments, je crois que c'est épouvantable.
D.B. : Sans compter que ça ne s'appelle pas faire de la non-autocritique. Ca veut dire simplement avoir le sentiment de faire du mieux que l'on peut et avoir le sentiment de faire quelque chose d'extraordinaire.
Ce sont deux choses différentes. D'après ce que j'ai compris.
Moi, je parle de ça à l'aise parce que je me sens souvent comme ça. Je fais un disque et ce qu'il en sort, je sais pertinemment, à deux ou trois erreurs près, que c'est ce que j'ai pu faire de mieux à ce moment là. Ca ne veut pas dire que c'est mieux que le reste. Ca veut dire que c'est le meilleur de moi-même. C'est tout. Ce n'est pas un manque d'autocritique. Je crois que c'est plutôt bien.
On a tout intérêt à être content de soit parce que sinon, on n'est pas nombreux des fois.
B.T. : Il y a des moments où la modestie, c'est aussi la pire forme d'orgueil.
D.L. : C'est vrai.
B.T. : Non, je dis simplement que les films que j'ai faits, j'ai tous voulu les faire passionnément.
(Retour plateau)
D.L. : Voilà. Vous avez oublié de dire à Monsieur Tavernier que vous aimeriez faire du cinéma.
D.B. : Il a dû s'en douter un peu.
D.L. : Il y a une forte envie chez vous…
D.B. : Ben, c'est à dire…allez, on croise encore les bras…
D.L. : Oui. Je croise encore les bras. On est à l'école.
D.B. : C'est-à-dire que j'ai fait une toute petite expérience de cinéma, minuscule, dans un film des frères Jolivet. Et puis une petite fois à la télé aussi.
Ce qu'il y a de fascinant là-dedans, c'est d'être entrain de discuter par exemple là. Et puis tout d'un coup, par exemple, on m'appelle et c'est à moi de tourner. En une fraction de seconde, on devient n'importe qui d'autre, si on sait le faire, bien entendu. Ca ne veut pas dire que je saurais le faire. Alors pour d'abord savoir si je saurai le faire un jour, en l'année 83, j'apprendrai à jouer la comédie.
D.L. : C'est programmé ?.
D.B. : Oui, c'est programmé. Je prendrai des cours d'Art Dramatique pendant un an au moins. Si ça apporte quelque chose et si on décèle une possibilité d'un tout petit talent, à ce moment là, j'essaierai de faire du cinéma pour ça.
C'est un des plus beau fantasme qui soit de pouvoir, je le dis carrément, de tuer, de faire des attentats, ou de…
D.L. : Oulala !!!. Vite Docteur Freud parce que j'ai l'impression…
D.B. : Non, non, non. Je dis que c'est une chose que l'on peut réaliser bêtement, comme ça, en deux secondes…
D.L. : Ce n'est pas ça faire l'acteur, spécialement. Ce n'est pas assouvir ses fantasmes.
D.B. : Ah, écoutez, regardez Depardieu. Si ce n'est pas ça pour lui, je ne sais pour qui ça l'est. Depardieu a fait des rôles suffisamment… Je lui souhaite de ne pas être exactement comme il est dans chaque film qu'il a joué. C'est un fantasme mais pas comme un fantasme de la nuit.
Je parle de choses que l'on ressent quand en une fraction de seconde, lorsque l'on ouvre le journal, on voit une certaine chose, on se dit "…ce mec là, si je pouvait lui faire du mal, je lui ferais du mal…". Et puis ça passe.
D.L. : Donc, Balavoine va apprendre la comédie ?.
D.B. : D'abord, je vais essayer de savoir si je peux la jouer.
Et si je peux la jouer, j'apprendrais à mieux la jouer.
D.L. : Quitte à changer de métier ?. A laisser la chanson un moment ?.
Faire du cinéma et pourquoi pas un jour du théâtre ?.
D.B. : Le théâtre c'est peut-être plus fondamental et impressionnant. C'est peut-être pour ça que je parle plus facilement du cinéma.
Le théâtre c'est, je crois, ce qu'il peut y avoir de plus beau dans l'interprétation. Lorsqu'on doit interpréter quelque chose.
Jouer tout un monde en deux heures, ça doit être assez fascinant et assez impressionnant. Avec des gens qui réagissent immédiatement. C'est la perfection opposée à la perfection de la littérature et du livre.
D.L. : Daniel Balavoine, il y a une séquence dans cette émission qui s'appelle "Le Panthéon". Dans "Le Panthéon", généralement, on demande à nos invités du jeudi, de nous dire qui, dans l'histoire ou dans ceux d'un passé plus récent, ont compté pour eux, personnellement.
Et j'ai l'impression que c'est ou le trop plein ou le grand vide.
D.B. : Oui. J'ai tendance à dire…(il chante) :
D.L. : Qu'est-ce que vous diriez ?.
Que votre Panthéon à vous c'est Mitterrand arrivant au Panthéon ?.
D.B. : Cela dit, pour la visite touristique, on a eu un des meilleurs guides. Parce que c'est vrai que sans lui, je ne l'aurais jamais vu.
Je ne suis pas sûr que je serais plus malade maintenant si je ne l'avais pas vu. Mais enfin, disons que c'est grâce à lui que je l'ai vu.
D.L. : Est-ce qu'il y a des gens qui ont comptés pour vous, qui vous ont apportés des choses ?. Des maîtres.
D.B. : Spécifiquement, non. Des maîtres, non. Ca paraît odieusement prétentieux.
Je crois que c'est le monde entier. C'est, ou personne, ou tout le monde, c'est ce que vous disiez au début. J'aurais plutôt tendance à dire tout le monde.
Ca passe de Soldjenystine, Kafka, Rimbaud, Verlaine, les Beatles, les Stones, je ne sais pas. Je n'en sais rien. C'est le monde entier qui est maître.
D.L. : Vous ne voulez pas vous accrocher à quelqu'un ?.
D.B. : Ben non. D'abord parce que je trouve qu'ils ne valent pas beaucoup plus chers que moi dans l'ensemble.
On a à peu près tous le même destin. Il y a des gens qui confondent le destin et la vie.
On a tous le même destin qui est quand même de mourir. Il ne faut pas se cacher ça.
Et, entre temps, il se passe des choses différentes pour les uns et pour les autres. Mais ça ne veut pas dire que l'on soit différents. Il se passe autour de soi… Il y a une conjoncture qui fait que pendant un temps on est différents.
Mais dans le sapin, dans les quatre planches, on est pareils. Alors, il n'y a pas de raison que je me raccroche à un mort plus qu'à un autre mort en puissance.
D.L. : Les Beatles, alors quand même, ce sont des gens que vous aimez bien ?.
D.B. : Les Beatles, c'est de l'affection. C'est comme le reste. Ca fait partie de la vie. Ce n'est pas une branche qui risque de casser. Les Beatles, c'est la vie.
C'est un bout de ma vie, comme le sera, on en parlera tout à l'heure, Jean Botherel ou d'autres gens comme ça. Voilà, c'est tout.
D.L. : Alors, on regarde un petit bout d'une chanson de Paul Mc Cartney, ce qui nous permettra de retrouver l'un des vos copains, qui s'appelle Michel Berger, qui est un ami même. Mc Cartney, l'un des Beatles.
D.B. : Pas Michel Berger. Mais enfin, il aurait pu.
(Extrait clip Mc Cartney)
D.B. : Parfait. C'est beau !!.
D.L. : On reste dans le spectacle, puisque vous nous avez parlé du théâtre, du cinéma. On va vous retrouver, et ça c'est assez amusant, dans une sorte de petite saynète faite pour l'émission tournée à Cabourg, par Jean-Noël Roy.
C'est amusant d'abord parce qu'il y a la moto, on en parlait tout à l'heure.
Et puis, je crois que c'est tout à fait votre personnage comme on l'imagine, dans la légende Balavoine. Carrément.
D.B. : Je ne le savais pas mais c'était rigolo à faire en tout cas, ça c'est sûr.
C'est ça que j'appelle fantasme d'ailleurs. Mais du fantasme moins grave.
D.L. : C'est vrai ?.
(Le sujet ne démarre pas).
D.B. : Ah ?.
D.L. : On va regarder cette séquence.
D.B. : Allo, Georges Leclerc ?. Nous avons des problèmes de liaison !!.
D.L. : Non, ne faites pas repartir la navette.
D.B. : Je suis, dans ce cadre là, un jeune père de famille, divorcé, séparé…si on arrive à avoir la séquence… Voilà.
(Extrait).
"…(Une jeune fille énervée se fâche avec des copains, Daniel l'interpelle)…
Daniel : On se calme. Tu veux que je te raccompagne ?.
La jeune fille : Non, je préfère marcher.
Daniel : Tu préfères marcher. C'est nouveau. Qu'est-ce qu'elle a ma moto ?.
Elle sent le gaz ou quoi ?. La jeune fille : Non, c'est pas ça, mais tu n'as pas de casque.
Daniel : Je n'ai pas de casque et ça, c'est quoi ?. C'est un vélo ça ?.
La jeune fille : C'est très très drôle !!.
Daniel : Ca ne t'amuse pas ça ?.
La jeune fille : Non !!!.
Daniel : Moi, je trouve ça marrant. Je trouve ça plutôt rigolo.
La jeune fille : Ah bon ?.
Daniel : Toi, ce qui t'amuse, c'est remuer les fesses, les chanteurs et toutes les conneries.
La jeune fille : Ouais, c'est ça.
Daniel : Pendant que moi je nourris mon gosse.
Tu sais, il n'y a pas besoin d'être chanteur pour nourrir son gosse.
La jeune fille : Je m'en fous de ton gosse.
Daniel : Cette gonzesse m'énerve. Je ne l'ai jamais dit que tu m'énervais ?.
La jeune fille : Non.
Daniel : Bon alors barre-toi je te dis maintenant.
La jeune fille : Je me barre.
Daniel : Avec tes chanteurs, tes conneries et la…(il siffle)…groupie du pianiste.
Michel Berger. Allez, bonsoir. La jeune fille : Bonsoir.
Daniel : Bonjour à ta mère. On aura tout vu.
(Il démarre sa moto). "
Retour plateau.
D.L. : Vous aimez cette image de vous ?.
D.B. : (Il rigole). Je m'en fous de ça. Ce que j'aime, c'est de l'avoir fait. C'est surtout ça qui est rigolo.
C'est marrant de me voir dire des trucs que je n'ai pas à dire normalement puisque ce n'est pas moi.
Dans la manière de la dire, c'est peut-être moi…
D.L. : Non, mais…vous savez…l'image que l'on donne, finalement est une image qui reste. Les gens peuvent vous imaginer, vous identifier tel qu'ils vous ont vu là.
C'est le même problème pour Dave dont on avait parlé dans un feuilleton récent.
D.B. : Oui. Ca passera pour Dave. Ca passera pour moi aussi. Cela dit, moi ça a duré deux minutes. Ca n'a pas duré six épisodes.
D.L. : Nous accueillons, Daniel, Jean Botherel, qui est journaliste et écrivain et qui l'auteur d' "Un prince", qui est livre dont on parle beaucoup en ce moment, qui est sortir chez Grasset. C'est un livre étonnant, Jean Botherel, je crois que tout le monde l'a dit.
La forme, c'est une adresse à François Mitterand et à ses collègues, disons.
Le fond, c'est un invit' insistante aux princes qui nous gouvernent à réfléchir au fond, sur la réalité de leurs pouvoirs. La démarche, c'est ça.
Jean Botherel : Oui, tout à fait.
D.L. : Daniel vous lu, ou a commencé.
D.B. : Oh, je vais vous montrer où j'en suis. Ce n'est pas terrible. J'en suis… La 96, je l'ai ouverte au hasard, il y a un truc sur le P.C.F. qui ne mange pas de pain, qui est bien. Je vous le conseille.
Non, je dis simplement d'abord que si j'ai voulu que vous veniez aujourd'hui, c'est parce que j'éprouve pour vous une affection profonde depuis le jour où est arrivé cet incident sur un plateau de télévision que l'on reverra tout à l'heure.
Parce que vous êtes le première personne à m'avoir interviewer le lendemain et vous êtes finalement la seule personne à m'avoir interviewer à ce moment là, sans la moindre malveillance. Voilà. Et c'est comme ça que l'on découvre des gens pas méchants.
D.L. : Ce n'est pas parce que vous n'avez pas lu le livre…
D.B. : Non, non. Il faut l'acheter. Je suis là un peu pour faire de la publicité par la même occasion. Je vais me gêner.
Jean Botherel, "Un prince", essai sur le pouvoir ordinaire. J'en suis à la page 40, je le dis tout de suite, ce n'est pas un truc facile à lire.
C'est peut-être le seul reproche que je ferais. Parce que ça prend du temps. Il y a beaucoup de citations alors que je trouve que vous écrivez suffisamment bien, vous mêmes, sans avoir besoin de citer les autres.
J.B. : Je ne croyais pas que j'avais fait beaucoup de citations dans ce livre. Je ne sais pas . Peut-être ?.
D.L. : L'idée sur la réalité du pouvoir des princes qui nous gouvernent. C'est extraordinaire. Vous êtes quelqu'un qui êtes entrain de dire à Monsieur Mitterrand, en ce moment, "…bon, ben, finalement vous êtes comme les autres.
Alors il faudrait peut-être revoir un peu vous mêmes ce qu'est votre pouvoir…".
J.B. : Oui. Si vous voulez, je voulais faire un paradoxe. Ce livre est d'ailleurs assez paradoxal, c'est pour ça qu'il a été accueilli étrangement.
Il y a beaucoup de presse dessus mais il n'y a personne qui finalement a écrit qu'il l'aimait ou qu'il ne l'aimait pas. On m'a dit qu'il était curieux, troublant, brillant etc. Mais je n'ai jamais vu encore un de mes confrères, un critique dire qu'au fond, ce livre est très bon ou qu'il est complètement nul. Ou qu'il est complètement aberrant dans l'époque actuelle. Or, ce que j'ai essayé de dire dans ce bouquin est finalement très simple. C'est que on est en face d'un pouvoir qui aujourd'hui, en France, curieusement, tend à devenir un peu idéologique et "socialiste".
Finalement, je crois personnellement que l'époque, dans des pays aussi développés que le notre, ne peut plus se payer ce luxe là. On peut avoir un pouvoir de gauche, et beaucoup ont votés pour un pouvoir de gauche. Mais s'il prenait l'envie à certains de nos dirigeants de nous entraîner sur la voie d'un gouvernement socialiste, réellement socialiste, je pense que ça serait…je n'aime pas beaucoup parler gravement de ces problèmes là… mais je crois que là, on ne s'en sortirait pas. L'époque ne permet pas cela.
Ca va bien dans les pays au début du siècle, à la rigueur. et on voit ce que ça a donné. C'est ça que je voulais dire. C'est un livre très très cynique. Je crois qu'aujourd'hui le pouvoir doit être très très cynique, très olympien, très serein.
D.L. : Ce n'est pas très concret.
D.B. : Moi, je l'entends concret en tout cas.
D.L. : Comment vous me traduisez un pouvoir cynique, olympien ?.
D.B. : Ca, c'est très dur. J'en ai une là-dedans qui est belle à ce sujet là.
Il le dit mieux que moi, c'est son métier. Je n'ai pas ressenti la même chose. Je n'ai pas l'impression que Jean Botherel est entrain de dire à Mitterrand et aux autres qu'ils sont finalement comme les autres.
Ils ne devraient déjà, de toute façon, ne pas être comme les autres. C'est peut-être un reproche de leurs dire qu'ils sont comme les autres.
D.L. : Ce sont des hommes du commun ?.
D.B. : Les quarante pages que j'ai lues, j'ai l'impression de lire un livre sur quelque chose de démodé. C'est-à-dire, j'ai l'impression que quelqu'un est entrain de me dire "…regardez, comment les gens nous gouvernent maintenant, regardez les personnes qui nous gouvernent, c'est démodé, anachronique, ce n'est plus comme ça qu'il faut faire…".
On n'a plus le temps. Tout ça, c'est de la légèreté. C'est ça que je revois à pleines pages. Il y a une citation qui sert… Est-ce que je peux lire tout un passage ?..
D.L. : Non, on n'a plus le temps.
D.B. : On va le prendre quand même.
D.L. : Une ligne.
D.B. : Une ligne. Ce n'est pas très respectueux mais je vais lire juste une citation de Sartre, que vous faites, bien entendu.
"…Pour nous tous, l'avenir est barré. Tout ce que nous voyons, tout ce que nous vivons, nous incite à dire que ça ne peut pas durer. Et cependant, le changement n'est même plus concevable sauf sous forme de cataclysme. Nous vivons au temps des révolutions impossibles…".
Ca veut dire que quand même, les princes sont largement en arrière et que ce n'est plus d'eux dont on a besoin. Ca c'est moi qui traduit ça comme ça parce que ça m'arrange. C'est ce que je comprends quand je commence à lire ça.
J.B. : Ce n'est pas archaïque du tout.
Effectivement, s'il y avait un réel changement de société, le risque du cataclysme n'est pas à exclure.
D.L. : Mais, où est le pouvoir, Jean Botherel, dès lors qu'il n'appartient plus aux gens qui nous gouvernent ?.
J.B. : Mais si, il leur appartient. C'est une espèce de présence en effet nécessaire.
Je dis que c'est l'entrée dans l'aire du pouvoir mère et non plus du pouvoir père, le dernier représentant en ayant été le Général De Gaulle. C'est très rassurant en fait.
C'est le discours idéologique si vous voulez que je réfute complètement dans ce livre. Je ne crois pas que l'on puisse gouverner avec des actes de foi.
On doit gouverner avec une pratique des réalités mais pas en disant "…je nationalise parce que c'est bien de nationaliser…" ou "…je fais telle loi sociale parce que c'est bien etc…". et curieusement, l'actuel gouvernement à l'air de nous entraîner, couci-couça, sur la voie d'une programmatique extrêmement idéologique.
D.L. : Au fond, vous plaidez pour un nouveau pouvoir politique. C'est-à-dire pour une volonté politique plus affirmée.
J.B. : Oui, tout à fait.
Je crois que l'on était entré d'ailleurs…pourtant j'ai combattu…enfin, j'ai combattu, le mot est tout à fait… enfin j'ai attaqué dans des pamphlets aussi le précédent septennat.
Enfin je crois que dans le précédent septennat, il y avait quelque chose qui avait été bien perçu de ce côté là. Si on devait revenir à l'idéologie, encore une fois, au discours politique idéologique, je pense que l'on régresserait. C'est ma conviction. Pourtant je suis à gauche. Je suis éditorialiste d'un journal de gauche : "Le Matin".
D.L. : Jean Botherel, on va retrouver ce qui est désormais un événement, en tout cas quelque chose de très connu. C'est Daniel Balavoine en 1980, dans le journal d'Antenne 2 midi, avec François Miterrand. On va regarder ce document en spectateur aujourd'hui.
Je vous demanderais Daniel, d'abord pour commencer, vos réflexions sur ce document. De nous dire comment vous le percevez aujourd'hui. Voilà, le journal d'Antenne 2 donc, en mars 1980.
(Extrait du journal télévisé).
D.L. : Voilà donc. Qu'est ce que vous enlèveriez à ce que vous avez fait ?.
D.B. : Ce qui me surprend…alors là, vraiment je trouve extraordinaire… c'est que j'aurais pu faire la même chose hier.
D.L. : Sur tous les sujets ?.
D.B. : Oui pratiquement.
D'abord à propos de liberté, dont on va parler dans un instant avec un ami à moi qui a un message à lancer que je lancerai pour lui d'ailleurs… je parlais de cotisations de Sécurité Sociale à propos de Raymond Barre qui avait dit qu'il ne diminuerait pas les salaires des ouvriers etc… je viens de m'apercevoir que la seule imagination d'un gouvernement qui était censé être prêt à gouverner, parce qu'ils ont eu le temps de entraîner en 23 ans quand même…
Je vous signale que moi qui ait mangé avec le Président de la République, je sais que, parait-il, les équipes étaient prêtes. On s'est aperçu que les équipes ne sont pas prêtes et que les réformes ne sont pas prêtes. Sur la Sécurité Sociale, tous les financiers… je ne parle pas de Fabius parce que lui ce n'est même pas un financier, c'est un charlot…ils sont nuls…
D.L. : Vous voulez dire le Ministre du Budget…
D.B. : Le Ministre du Budget qui trouve que c'est mieux, pour combler le déficit de la Sécurité Sociale, d'augmenter les cotisations des ouvriers d'un pour cent, au lieu de taxer les oeuvres d'art. Les oeuvres d'art de qui, on ne sait pas ?.
A se demander s'il a de la famille là-dedans ?. Je ne pense pas parce que quand même, un homme de gauche ne peut pas avoir de la famille… vous voyez ce que je veux dire…etc. Je trouve ça scandaleux.
Je veux simplement le dire aujourd'hui mais le gouvernement de gauche, pour lequel j'ai voté…
D.L. : Vous vouliez le changement…
D.B. : Oui.
D.L. : Vous ne l'avez pas caché. Vous avez fait la campagne de Mitterrand.
D.B. : Absolument.
D.L. : Vous avez chanté dans ses meetings.
D.B. : C'est pour ça que j'ai le droit de l'ouvrir maintenant.
D.L. : Vous avez pris l'avion avec lui.
D.B. : Oui.
D.L. : Vous l'avez revu ?.
D.B. : Depuis qu'il est président, non. Il a peut-être autre chose à faire.
D.L. : Vous vouliez le changement et vous ne l'avez pas.
D.B. : Je ne dis pas que je ne l'ai pas sur tout.
On a l'abolition de la peine de mort, on a l'arrêt des expulsions des travailleurs immigrés. Il y a de bonnes choses. Il ne faut pas exagérer.
Je parle de sujets précis parce que là ça me réchauffe de voir ça quand même. Le gouvernement de gauche n'a eu que pour seule idée d'augmenter les cotisations de Sécurité Sociale pour combler le déficit. Ca porte un nom, c'est du "Barrisme". Ca ne porte pas d'autre nom. C'est la même chose.
Et là, les communistes ont d'ailleurs raison. Ca ne veux pas dire que je suis communiste, loin de là. Ce sont les seuls à avoir une rectitude d'idées à ce niveau là. Ils ont dit non.
Taxez les oeuvres d'art. J'ai mon cahier devant moi parce que je ne veux pas dire de bêtises. On va passer la dessus. Je voulais aussi que l'on arrête de faire une confusion. là je débite un petit peu.
Moi, je suis souvent accusé de richesse. Pas accusé parce que les gens sont beaucoup plus gentils que les gouvernants, finalement, bien souvent. On dit de moi que je suis riche, que les chanteurs sont riches. Ce qui est, pour ceux qui marchent en tout cas, une vérité. Je le dis honnêtement, on gagne beaucoup d'argent.
Souvent pas pendant longtemps. Mais c'est que quand on en gagne, on en gagne beaucoup. Il ne faut pas confondre les riches salariés dont je fais partie, c'est à dire que je peux être amener à être au chômage demain matin, et les riches possédants.
Je parle de ça au niveau de la fiscalité. Je trouve normal, moi, de payer beaucoup plus d'impôts que un smicard. Je le dis avec autorité parce que j'ai mis un bulletin de vote à gauche. Je le dis avec autorité à Monsieur Fabius qui est un homme extrêmement agaçant pour ça, extrêmement menteur. Qu'ils arrêtent de faire de la démagogie.
Surtout entre le deuxième tour des élections présidentielles et les élections législatives. Qu'ils arrêtent de mentir en disant qu'ils font payer les riches.
Les riches sont partis, on le sait, et quelqu'un de la C.G.T. est entrain de le dénoncer. Nous payons, nous, riches salariés, non pas pour les pauvres salariés, mais pour les fraudeurs. Il faut que l'on dise ça. Il faut que ce soit dit quitte à ce que je ne chante pas ma chanson, tant pis.
D.L. : Dommage…
D.B. : Tant pis. Ils ont l'habitude. Ils me voient trop à la télé pour ça.
Les riches salariés payent pour les riches fraudeurs. C'est ça qu'il faut dire et arrêter de faire de la démagogie avec ça et de raconter des mensonges. Parce que c'est honteux de mentir. On voulait un changement et on voulait surtout un changement de vérité. On veut entendre des choses vraies et simples.
Je préfère avoir Delors et Fabius qui me disent "…écoutez, vous payez parce que il y a machin, on vient de le voir encore passer la douane avec les mallettes, on s'excuse, on est obligé de vous demander un peu plus…". Que ça ce soit clair. Que les gens le sachent.
D.L. : Est-ce que quand vous avez vu François Mitterrand sur le plateau du journal d'Antenne 2, il y a un peu plus d'un an, vous l'avez pris pour le petit Jésus, qui peut multiplier les pains, faire la pêche miraculeuse, tout changer ?.
D.B. : Non.
D.L. : Non, franchement, est-ce qu'on peut tout changer du jour au lendemain ?. En changeant de majorité, on change de société ?.
D.B. : Non. Je dis simplement qu'il est hors de question de changer tout du jour au lendemain mais que lorsqu'on a 23 ans pour se préparer, lorsque l'on prétend avoir des équipes prêtes à gouverner et que l'on s'aperçoit qu'en fait c'est un pugilat entre Chevènement, Rocard, Deferre et ces gens là qui ont tous des tendances différentes, et qui se tapent sur la gueule pour avoir des postes alors que l'on pensait que tout le monde était prêt à s'entendre pour gouverner, je dis que ça c'est anormal.
Je ne veux pas de révolution. La révolution, on ne la fait pas en changeant de gouvernement mais comme en 1789, en faisant la révolution, pas en changeant. On fait une révolution ou on ne la fait pas.
D.L. : La liberté, plus ?.
D.B : La liberté plus de toute façon il en faut. Je voudrais juste finir ce que je disais.
D.L. : Je voudrais que vous chantiez.
D.B. : Ca ne fait rien. La Sécurité Sociale et toutes ces choses là, ce sont des réformes qu'en 23 ans, des gens de gauche avaient le temps de préparer.
Normalement, le lendemain, le 11 mai 1981, Monsieur Fabius, Monsieur Delors et tous ces gens là devaient dire, voilà ce que nous allons faire tout de suite (il claque des doigts). Et pas en 1983.
Tout de suite pour la Sécurité Sociale et tout de suite pour la fiscalité. Ca veut dire que non contents d'être prêts, en plus ils manquent d'idées. On est là pour leur en donner. C'est pour ça qu'on a voté. Si vous avez besoin d'un coup de mains, on peut venir. Voilà. Pour terminer, avant d'aller chanter s'il faut vraiment que j'y aille, tant pis pour vous, je voudrais que mon ami Patrick Meyer viennent s'asseoir une seconde à côté de moi. Je voudrais parler des radios libres.
D.L. : C'est le Directeur de R.F.M.
D.B. : Je voudrais parler des radios libres. Je le fais mettre à l'écran pour qu'on le reconnaisse quand il arrivera à la porte de l'Elysée parce qu'il a l'intention d'y aller.
Alors regardez le bien, Messieurs les Gendarmes, lorsque vous verrez arriver ce monsieur, laissez le rentrer. Je vais personnellement demander à Monsieur François Mitterrand qui est un ami puisqu'il m'a invité une fois à manger et une deuxième fois dans son avion, alors je ne vois pas pourquoi maintenant on se tournerait le dos.
On a beaucoup de problèmes pour communiquer avec le Ministre de la Communication. Ce qui est quand même un comble. Alors, Monsieur Patrick Meyer ne pouvant pas rencontrer le ministre concerné, il aimerait, si possible, rencontrer Monsieur François Mitterrand pour parler du problème des radios libres qui comme tout le monde le sait maintenant, ne seront jamais des radios libres.
J'explique en un mot, tant pis si je ne chante pas. La loi qui est entrain d'être faite sur les radios libres en ce moment, est une loi profondément antidémocratique et antilibérale. Je m'explique rapidement.
De refuser la publicité sur les radios libres, ça c'est de la rigolade. Dans un pays démocratique, on a pas le droit d'empêcher quelqu'un de se lever le matin et de décider de faire de la radio et de gagner sa vie par ce biais là. Même si c'est avec de la publicité.
On doit être dans un gouvernement de gauche, réformateur et plein d'idées. Suffisamment intelligent pour trouver des systèmes pour que la publicité sur les radios libres soit régie et non encombrante.
C'est le consensus politique. Ca avantage Monsieur Jacques Chirac qui va avoir Radio Tour Eiffel à Paris. Ca veut dire que des gens qui n'ont soit disant pas d'argent…
D.L. : On peut citer d'autres exemples…
D.B. : Oui, pleins d'autres exemples comme ça. Les homosexuels du 16ème arrondissement de Paris, qui sont pleins de fric, vont pouvoir avoir une station de radio.
Mais, les homosexuels de Sarcelles ou de Garche-les-Gonnesses, parce qu'il y en a aussi chez les ouvriers faut quand même pas non plus exagérer, ne pourront pas avoir de station de radio. C'est un question de fric. c'est une loi de fric.
C'est une loi antidémocratique qui dépasse l'entendement. Alors moi, je demande personnellement que les radios soient libres.
Je dis que ma station de radio préférée, à Paris, en tout cas quand j'écoute, c'est parce qu'il y a la stéréophonie et la modulation de fréquence, c'est R.F.M. ou Radio 7. Et je dis que je voudrais écouter ces radios.
Qu'on arrête qu'il y ait un mec qui siffle toute la journée dessus. (Il siffle). C'est agaçant quand on est dans les embouteillages.
D.L. : Je regarde la pendule de temps en temps parce que…
D.B. : Vous voulez que je chante ?.
D.L. : J'ai demandé…
D.B. : Mais vive la liberté !!!.
D.L. : Il n'y a pas d'autres solutions.
D.B. : Qu'est-ce que vous voulez que je fasse, la révolution en allant chanter ?.
D.L. : Est-ce-que Daniel a le temps de faire sa chanson ?.
D.B. : Il y a Cabu. On a oublié Cabu qui veut encore dire des conneries sur moi.
D.L. : Donc on va regarder Cabu tiens voilà.
Patrick Meyer : Je pourrais dire un mot quand même ?.
D.L. : Patrick Meyer.
P.M. : Je crois qu'il y avait un grand enthousiasme qui a été suscité par des millions de jeunes, en particulier au niveau des médias par cette possibilité de créer des radios libres.
C'est quand même un peu navrant qu'on ne puisse pas aujourd'hui, alors qu'une nouvelle loi a été votée, qu'on soit dans un cadre pas trop serré, qu'on ne puisse pas développer ces radios.
Je crois que l'audiovisuel est un monde fantastique pour des milliers de jeunes qui pourraient être soit journalistes, soit animateurs, soit techniciens, soit créateurs ou créatifs et qu'ils ne pourront pas s'exprimer si on ne leur laisse pas les moyens de s'exprimer. C'est ce qu'a dit Daniel et je tenais à le souligner également.
C'est impensable que Monsieur Mitterrand, qui vécu ce combat par idéologie et non pas par passion professionnelle, ne puisse pas entendre ça.
Je crois qu'il ne peut pas décevoir des millions ou des milliers de jeunes qui lui ont permis d'être là où il est, en faisant une loi scélérate qui ne correspond nullement aux réalités.
D.L. : Bien , Daniel, vous n'étiez pas venu pour chanter mais vous ne chanterez pas.
D.B. : Ben voilà. Je suis désolé.
D.L. : Ca ne vous gêne pas tellement ?.
D.B. : Ben non.
D.L. : Moi, j'aurais bien voulu. C'est moi qui vous ai demandé de faire une chanson.
D.B. : Moi aussi. C'est simplement de ma faute. J'ai toujours tendance un peu à traîner.
D'ailleurs, je vais encore le faire. On a tellement peu l'occasion de parler, il faut quand même comprendre ça.
Je suis sûr que même si ce que je dis n'est pas très intelligent, je suis qu'il y a quand même d'autres gens qui pensent comme moi.
Quand un d'entre nous a l'occasion de le dire, il faut qu'il le dise. C'est vrai que j'aime bien chanter. C'est mon métier et je vais le faire…
D.L. : Et l'heure tourne…
D.B. : Et l'heure tourne…
D.L. : Cabu.
Cabu : Pour répondre, je pense que si nous, nous avions fait un journal qui s'appelle toujours Charlie Hebdo…
D.L. : Chacun fait sa pub aujourd'hui !.
Cabu : …avec de la pub, on ne serait plus libres aujourd'hui. Il faut trouver un autre financement que la pub.
D.B. : J'avais dit qu'on ne ferait pas un débat là-dessus. Moi, j'en n'ai rien à secouer. Mon ami Patrick Meyer voudrait rencontrer quelqu'un du gouvernement et comme il n'y arrive pas, il a suggérer d'essayer de rencontrer le Président de la République qui a fait un magnifique discours, écrit en collaboration je crois avec Régis Debray, à Cancun.
Basé sur ce discours, je crois que l'on peut se permettre d'aller voir François Mitterrand pour parler de radios libres. C'est tout ce que je voulais dire.
Comme on ne peut pas arriver à le faire savoir à Monsieur Mitterrand par l'intermédiaire de Monsieur Filhiou, on le fait savoir directement par l'intermédiaire de Monsieur Lecat.
D.L. : Je crois que le message est passé. Et comme j'appartiens aussi à une radio nationale, je suis le témoin de ce que vous venez de dire.
Monsieur Cabu.
Cabu : Une contradiction de Daniel Balavoine. Tout à l'heure, il a dit que l'engagement menait au terrorisme.
(Fin de l'enregistrement).