auteur : Marie-dominique VANDENWEGHE
En 1978, quand Le chanteur explose sur les ondes, il y a déjà dix ans que Daniel Balavoine galère. Revenons donc six ans en arrière.
Mai 1968 : Daniel a 16 ans (il est né le 5 février 1952 à alençon). Il est lycéen à Pau. La politique l'attire. Il participe activement au mouvement étudiant. Mais les discours de ses dirigeants le déçoivent vite; Daniel se tourne vers la musique. Avec son groupe Les Shake's de Pier Canto, il anime chaque fin de semaine les bals de sa région du Sud-Ouest. Puis il joue avec une première formation Réveil, puis rencontre les membres de Présence.
En 1970, le groupe Présence, alors composé de neuf membres dont le chanteur était Erick Saint Laurent, avait déjà enregistré un 45 tours chez Vogue, dans la série "Pop Music". Il avait également participé à la compilation "Music Evolution" en compagnie de Martin Circus, Balthazar et Blues convention.
Après l'échec commercial de leur premier 45 tours, les membres de Présence s'étaient séparés. Deux rescapés de cette première formation : Daniel Darras (claviers, vocal et cuivres) et Daniel Baudon (batterie) ayant fait la connaissance de Michel Cohen (basse) et de Alain Crépin (lead guitare, citare) rencontrent alors Daniel Balavoine (lead vocal, guitare). A cinq, ils enregistrent chez Vogue, en 1971, un 45 tours : Le jour s'est levé / La Lumière et la Folie, dont les musiques sont signées Daniel Balavoine. Le disque reçoit un accueil assez favorable dans les clubs, mais les radios le boudent. Les cinq garçons, managés par Jacques Améziane (également manager de Triangle, Zoo, Total Issue, Daydé…), achètent un camion et donnent des galas dans toute la France. Ils jouent au Golf Drouot, au Gibus Club, participent à l'opération "Promo Pop 72" lancée par Best avec la participation de la maison de disque Vogue.
DANIEL BALAVOINE
Daniel Balavoine a dit : "Je n'aime pas les souvenirs… D'ailleurs ils sont faux. La mémoire ne restitue que ce que l'inconscient veut bien laisser passer. Elle déforme, elle triche, elle ment". Sans doute est-ce pour cette raison qu'il est encore si difficile de parler de lui deux ans après sa disparition en Afrique. Et c'est pour cela que nous n'avons voulu inclure dans cet article aucun souvenir personnel. Nous avons seulement essayé, à partir de documents d'archives que nous avons pu rassembler, de retracer le plus précisément et le plus objectivement possible la carrière d'un artiste, même si, s'agissant de Daniel Balavoine, il est souvent possible de dissocier l'homme du chanteur, tant il était lui même dans tout ce qu'il faisait.
En mars 1975, c'est la sortie du premier LP de Daniel : De vous à elle en passant par moi. Déjà on remarque une unité dans les thèmes : le disque est consacré aux femmes qui ont traversé la vie de son auteur. La présentation est très soignée : on a droit à une superbe pochette, dans le style carte postale rétro, sur fond argenté. Au recto, on découvre une fillette blonde, dans un landau coquille d'oeuf couvert de fleurs, tiré par des agneaux enrubannés. Au verso, Daniel apparait en blouson en jean fatigué, les mains croisées sur une couronne de fleurs. Pour la sous-pochette, sur laquelle figure les textes des chansons, sa tenue vestimentaire est tout à fait différente (gilet-cravate, contrastant avec sa chevelure très longue).
On retrouvera ces deux photos de Daniel sur les deux pochettes différentes du 45 tours extrait de l'album : Evelyne et moi / Vis loin de moi, paru sous deux références différentes.
En 1975 toujours, sort un autre 45 tours : Vienne le pluie, dont la pochette rappelle une oeuvre du peintre Magritte qui avait déjà inspiré Patrick Juvet pour la pochette de l'album Chrysalide. En face B de ce single La tête en bas est un titre qui ne figure sur aucune réédition ou compilation. A la même époque, Daniel produit le groupe Mélodie S.A. dans lequel chantent ses frères et dont il est directeur artistique. Mélodie S.A. sera plusieurs fois mentionné sur des disques de Daniel Balavoine et aussi de Catherine Ferry (Julia mon coeur, Petit Jean, ces chansons ayant d'ailleurs été écrites par Daniel, ainsi que beaucoup d'autres titres interprétés par Catherine Ferry au cours des années suivantes). Mélodie S.A. enregistre un 45 tours sur lequel on trouve le morceau déjà interprété par Richard Anthony, Et je m'en vais, avec en face B Si peu d'été, composé par Guy Balavoine et Patrice Shreider.
C'est en avril 1977 que sort le deuxième album de Daniel Balavoine Les aventures de Simon et Gunther, 33 tours entièrement consacré au Mur de Berlin. L'idée en est venue à Daniel au cours d'un voyage de quatre jours effectué en Pologne en 1976. Dans une interview accordée au journal Les Nouvelles Littéraires, il raconte: "Sur les plateaux de la télévision, j'ai d'abord rencontré un chanteur dont le rêve était d'aller chanter à Paris, à l'Olympia, mais qui ne le pouvais pas… Puis dans la ville, j'ai constaté de drôles de choses. Dans mon hôtel, j'ai vu des gens qui vendaient clandestinement des revues pornos. Dans les grands magasins, j'ai vu des rayons avec mille fois la même paire de gants ou le même imperméable… ça m'a remué le coeur, je me sentais mal, j'ai eu envie de gueuler. Ce disque est né de là ".
Il raconte l'histoire de deux frères, Simon et Gunther Stein, que le Mur a séparé et qui échangent une correspondance. Pour la réalisation de cet album, Daniel a obtenu de sa maison de disques la liberté totale dans le choix des musiciens.
Autour de lui, on trouve déjà les futurs membres du groupe Clin d'Oeil. "Je ne veux plus d'arrangeur", dit-il alors. "Les musiciens participent aux arrangements dans la mesure où nous sommes en dialogue constant. Ils peuvent même co-signer certains titres avec moi… On fait un travail d'équipe. Chaque musicien a son instrument". On retrouvera cette démarche dans tous les albums suivants.
Les Aventures de simon et Gunther ne constituent pas un gros succès commercial. Une chanson toutefois permet à Daniel de connaître un début de notoriété : Lady Marlène qui sera éditée en 45 tours. Dans Ma musique et mon patois Daniel s'élève déjà contre l'idée que les anglo-saxons sont les seuls à pouvoir faire des concepts-albums et de la musique rock. Pendant des années, il se battra pour faire admettre au public et aux journalistes de la presse spécialisée qu'on peut faire de la rock music en France sur des textes français. "On donne le meilleur de nous-même, on fait une musique volontaire, qui n'est pas une simple copie conforme des vieilles traditions françaises… Mon ambition est de faire reconnaître une excellente musique rock française où les mots sont au service de la musique".
Mais revenons en 1977. Cette année-là, Daniel participe comme choriste à l'album d'Alain Bashung Roman photos en compagnie de Dany Darras, ancien membre de Présence.
Puis il rencontre Michel Berger, qui depuis 1976 travaille avec Luc Plamondon sur le spectacle musical Starmania . Michel Berger offre à Daniel le rôle de Johnny Rockfort, chef d'une bande de loubards de la banlieue Nord. Le double album paraît en avril 1978.
Les radios en diffusent chaque jour des extraits, chantés par Daniel Balavoine Quand on arrive en ville, Fabienne Thibeault Les uns contre les autres ou Diane Dufresne Les adieux d'un sex-symbols. Mais sur l'album ne figure qu'une partie de la musique de Starmania.
La version intégrale sera montée sur scène en 1979 (du 10 avril au 3 mai au Palais des Congrès de Paris et le 29 juin au Stade Olympique de Montréal). Les rôles principaux sont tenus par les mêmes artistes que sur le disque. Le spectacle est mis en scène par Tom O'Horgan metteur en scène de Hair et de Jésus Christ Super Star aux USA. Les costumes éblouissants sont réalisés par Randy Barcelo. 100 000 spectateurs verront Starmania à Paris. Un quadruple album live sera tiré du spectacle. Dans ce coffret, on peut notamment trouver S.O.S d'un terrien en détresse chanson composée spécialement pour la voix de Daniel et dans laquelle celui-ci effectue une prouesse vocale remarquable. A tel point que lorsqu'on montrera Starmania au Canada, il faudra en changer la mélodie pour que l'artiste québécois qui jouera le rôle de Johnny Rockfort puisse l'interpréter.
Parallèlement au succès de Starmania, Daniel publie en 1978 la 45 tours : Le français est une langue qui résonne / Je suis bien. Puis, c'est l'album Le chanteur à propos duquel Daniel avait dit : "Si je n'en vends pas 30 000 exemplaires, je m'arrête".
La suite, on la cannait… Interrogé sur la façon dont il conçoit ce nouveau LP Daniel explique : "C'est l'aboutissement de mes deux premiers. Je me situe moi-même comme un musicien-chanteur, et actuellement je suis dans un groupe… qui participe à la création, uni et techniquement au point. Je crois que les parties vocales et instrumentales sont équilibrées. Andy Scott m'aide beaucoup. Il a fait un travail de recherche de micro impressionnant, pour la prise de voix notamment". Andy Scott, l'ingénieur du son, l'ami. C'est lui L'oiseaux de nuit dont parle Daniel dans un des titres de son album. Andy Scott qui était déjà présent à l'époque de la collaboration avec Patrick Juvet. Andy Scott qui sera là pour tous les albums de Daniel. Deux titres extraits de ce troisième album feront gravir à Daniel les marches du succès. Le chanteur bien sûr, et Lucie. Sur la face B de ce 45 tours, on retrouve S.O.S d'un terrien en détresse extrait de l'enregistrement public de Starmania.
1979 sera une année importante. Après Starmania au Palais des Congrès, Daniel fait sa première expérience cinématographique dans la film Alors heureux ? de Pierre et Marc Jolivet, mis en scène par Claude Barrois et produit par Claude Lelouch. Il y joue le rôle d'un brancardier à l'humour grinçant. Il compose également la musique de ce film qui, arrangé et jouée par le groupe Clin d'oeil, fera l'objet d'un LP édité chez Barclay en 1980; Daniel y interprète la chanson du générique: Alors heureux ?.
Le 4 août 1979, il partage la vedette de l'émission télévisée Numéro 1 avec Louis Chédid. Au moi d'octobre, il publie son 4 ème 33 tours "Face amour, Face amère".
On y retrouve les musiciens qui travaillent avec Daniel depuis plusieurs années : Patrick Dulphy (guitares acoustiques), Hervé Limeretz (claviers), Roger Secco (batterie et chant), Bernard Serre (basse, chant et microsynthétiseur), Colin Swinburne (guitares électriques), Patrick Bourgoin (cuivres), Jean-Paul Batailley (batterie, percussions), Guy Balavoine (choeurs) et toujours Andy Scott à la prise de son.
La nouveauté c'est que le nom de Clin d'oeil apparait enfin sur la pochette. Sur la face amère de l'album Daniel redevient même choriste pour laisser Clin d'oeil interpréterPauvre Bobby. Puis le groupe assurera la 1 ère partie du spectacle. Car la scène manque à Daniel. Il dit : "J'en ai besoin comme j'ai besoin d'oxygène". C'est là qu'il pourra vraiment prouver ses qualités musicales. Avec son orchestre il soigne tout : le décor, le son, l'éclairage. Et le premier gala a lieu, le 24 novembre, au Théâtre Sébastopol de Lille. "Devant sa maman, son producteur Léo Missir, ses copains montés en force de Paris et 300 supporteurs Lillois inconditionnels", raconte le lendemain J.M. Sourgeons dans La voix Nord. "Un peu brouillon, pas très au point, crispé au début, moins coincé ensuite, presque professionnel vers la fin. Mais sympathique de bout en bout… il a bien rempli son contrat… il est parti sous les bravos nourris mêlés à quelques exclamations désappointées".
Trois 45 tours seront extraits de l'album, avec en face A : Me laisse pas m'en aller, Dancing samedi et Tu me plais beaucoup.
Du 31 janvier au 2 février 1980, Daniel et Clin d'oeil occupent l'Olympia ; la presse est unanime pour reconnaître leurs qualités scénique : c'est une consécration.
Beaucoup moins unanimes seront les réactions après l'intervention de Daniel sur le plateau du Journal Télévisé d'Antenne 2 le 16 mars 1980. Ce jours-là, face à François Mitterrand, alors premier secrétaire du parti socialiste, il se fera le porte-parole de la jeunesse, réclamant pour elle le droit au désespoir.
Huit mois plus tard, le 15 novembre, l'émission Numéros 1 consacrée à France Gall et Michel Berger réunit Alain Bashung, Jacques Higelin, Alain Chamfort… et Daniel. Il y interprète Mon fils ma bataille extrait de son tout nouveau LP. Le sujet est d'actualité. Daniel a été très impréssionné par le film Kramer contre Kramer. Sa chanson remporte un gros succès populaire.
Le nouvel album s'intitule Un autre monde . A travers le graphisme et la photo de la couverture, Daniel veut nous faire découvrir la fascination qu'exerce sur lui la Chine. Laissons-le nous parler de ses nouveaux titres (interview accordée au journal Hit) : "Dans mon nouveau disque, je suis tour à tour père de famille, coureur de fond, robot, détournenr d'avion. a chaque fois, je m'intègre dans mon personnage et c'est ça qui me plaît. Il y a des chanteurs qui se chantent eux-mêmes et qui racontent leurs amours tout au long de leur carrière. Moi, je préfère changer de peau".
Il faut également signaler que Je ne suis pas un héros a d'abord été composé pour Johnny hallyday (qui l'a d'ailleurs enregistrée sur son LP A partir de maintenant). L'album, qui comprend aussi un duo avec Michel Berger : Bateau toujours, et se termine par un morceau instrumental, pendant lequel on entend un extrait d'un discours de Mao Tsé Toung.
On retouvera la même empreinte de la Chine à l'Olympia, du 10 au 14 mars 1981 (et non 15 mars comme initialement prévu). Daniel, ses musiciens, les techniciens, le personnel de l'Olympia… tous ont revêtu des costumes bleu de Chine. Le fond de la scène est occupé par un énorme appareil photo. Balavoine et Clin d'oeil offrent au public un spectacle marathon parfaitement réglé. Mais si les spectateurs sont conquis, les critiques sont partagées. Chaque soir, Michel Berger rejoint son ami sur scène pour Bateau toujours. C'est aussi lui qui, au cours de cette semaine, remet à Daniel son premier disque d'or.
Un double album live du spectacle de l'Olympia sort en décembre 1981. Les acheteurs des premiers pressages de ce Balavoine sur scène se voient offir un mini-appareil photo montrant 14 vues du spectacle. Une idée originale. Un 45 tours est extrait de cet album, avec les titres: La vie ne m'apprend rien et Allez hop !.
Toujours en 1981, Daniel participe au "Mai de la Chanson française"; le 22 octobre il donne un concert au profit d'Amnesty International dans le cadre des "100 artistes pour les Prisonniers d'Opinion". En novembre il est L'invité du Jeudi de Didier Lecat sur Antenne 2; et il finit l'année par une tournée en France et en Belgique.
En avril 1982, il nous présente son nouveau LP Vendeurs de Larmes. On y voit apparaître de nouveaux musiciens : Christian Padovan (basse), Yves Chouard (guitare) et Jo Hammer (batterie). Enregistré à Ibiza, cet album se compose d'un 33 tours et d'un maxi 45 tours. Au total 13 chansons, qui sont autant de regards sur la vie. "Et pour faire un disque, il faut avoir fait tant de chemin…/Regarder le monde, et admettre qu'on n'est presque rien…/ la vie c'est la vie." De cet album, pour lequel Daniel obtiendra le Prix Diamant de la Chanson Française, sont tirés 45 tours : Vivre ou Survivre. (même exposé aux flèches); Vendeurs de larmes , pour lequel on a repris la photo de la sous-pochette de l'album (ce superbe cliché d'un Daniel angoissé servira aussi de couverture au pressage canadien de l'album) et enfin Soulève-moi, sur la pochette duquel Daniel prend une mappemonde à bras-le-corps.
Fort de toutes ces nouvelles chansons et de son nouveau groupe, soutenu par la confiance de ses producteurs, il se lance dans l'aventure du Palais des sports qu'il occupe du 9 au 13 juin. Il a insisté sur la mise en scène, habillé la scène de 800 projecteurs, de stores vénitiens et d'un écran sur lequel sont projetés diapos et films. Pari audacieux que de vouloir remplir cette salle pendant cinq jours, surtout quand on sait que durant la même période, Simon & Garfunkel, et les Rolling Stones se produisent à l'Hippodrome d'auteuil. "Tant pis pour Mick Jagger" dira Daniel avec humour. "Le Palais des Sports est plein, le pari est gagné."
Avant de promener son spectacle en province, ce qu'il fera au cours d'une tournée de 50 villes à l'automne 1982, Daniel apparait por la deuxième fois au cinéma dans un film de Michel Vocoret : "Qu'est ce qui fait craquer les filles ?". Il y fait une courte apparition dans le rôle d'un client de l'hôtel tenu par Guy Montagné. A leurs côtés: Georges Descrières, Gérard Hernandez, Katia Tchencko, Darry Cowl…
En janvier 1983 il participe pour la première fois au rallye "Paris-Dakar". Au cours de cette année, il enregistre avec Frida, Fabienne Thibeault, Plastic Bertrand, Catherine Ferry… le conte musical "Abbacadabra" écrit par Alain Boublil, sur des musiques du groupe Abba. Le duo que Daniel chante avec Frida Belle fait l'objet d'un 45 tours, avec sur la face B C'est fini, chanson extraite de l'album Vendeurs de larmes. Abbacadabra" est diffusé sur TF1 pour Noël.
En 1984, Daniel signera une chanson pour Frida "The Face"
Au cours du dernier trimestre 1983, pendant quelques semaines, Daniel anime quotidiennement une émission magazine sur la radio parisienne 95.2 FM. Le 23 octobre, il est sur TF1 l'invité de l'émission "7 sur 7". Il commente à chaud les événements drapatiques survenus au Liban et prend violemment position contre tout pouvoir politique ou militaire. Ses propos choquent. Il s'attire l'hostilité des anciens combattants. Sa franchise dérange et agace.
Puis c'est la commercialisation de son septième 33 tours studio Loin des yeux de l'occident. Cette fois Daniel est allé enregistrer en Angleterre et en Ecosse. Il a travaillé différemment, a utilisé des computers et des programmations, a inclus des percussions africaines dans ses compositions. Un musiciens a rejoint l'équipe Alain Pewzner (membre de Martin Circus) dans les années 70). Le photo de la pochette symbolise l'ouverture aux autres et le rapprochement des races. Plus que jamais, Daniel prouve qu'il est à l'écoute de son temps. Les textes traitent de sujets importants: la condition humaine (Pour le femme veuve qui s'éveille), les dictatures d'Amérique du Sud Revolucion, la torture (Frappe avec ta tête chanson dédiée à l'écrivain Miguel Estrella), la drogue (Poisson dans la cage.). Le titre Partir avant les miens. que les événements futurs éclaireront douloureusement, a été enregistré chez Patrick Moraz, qui a travaillé avec Yes et les Moody Blues. Daniel peut être fier du résultat, même s'il affirme ne pas en être le seul responsable, car plus que jamais il s'agit d'un travail de groupe. Cette fois, il se classe incontestablement parmi les Grands.
Pour être au complet au niveau de la discographie, il faut encore signaler qu'en 1983 Daniel apparaît sur l'album de Michel Berger "Voyou" (il y fait la deuxième voix dans "La minute de silence") et sur celui d'Yves Simon USA-USSR (il redevient choriste pour "J'pense à elle tout le temps").
Au début de 1984, il promène ses nouvelles chansons à travers la France. Au cours de cette tournée, il donne à l'un de ses musiciens, Philippe Patron, la chance que lui avait offerte Patrick Juvet à ses débuts, en lui permettant d'interpréter deux chansons au cours du spectacle. Philippe Patron a enregistré ces deux titres. La musique de la face B, Les yeux fermés a été composée par Daniel. Philippe n'aura pas le temps de connaître le succès. Il meurt accidentellement en septembre de la même année.
Le 2 avril, Daniel est au Printemps de Bourges. Plus de 4000 personnes assistent au concert qu'il donne sous le grand chapiteau de la place Séreaucourt. (Il était d'ailleurs pressenti pour une nouvelle participation à ce festival en 1987, pour un co-récital avec Jeanne Mas). Durant l'été paraît le 45 tours Dieu que c'est beau. (Frida chante dans les coeurs) avec en face B la version instrumentale de La muraille. Quelques mois plus tard, le 4 novembre, on trouve "Dieu que c'est beau" en 47e position du tout premier Top 50. En septembre, "Les enfants du Rock" consacrent à Daniel un reportage intutulé "Le chanteur en état de marche". Et du 20 au 30 septembre, c'est son second Palais des Sports. Dans un décor sobre, éclairé par un procédé nouveau qui permet une infinie variété de tons, Daniel y donne la pleine mesure de son talent. Tout au long de ces concerts, il marque des ponits et cette fois, " même le Tout-Paris se lève pour prolonger le combat". Ce spectacle donnera lieu à l'enregistrement d'un double album live: "Balavoine Au Palais des Sports" .
En janvier 1985, il entreprend son second "Paris-Dakar" comme co-équipier de Jean-Luc Roy sur la Tayota N°220. Contrairement à 1983, il fait cette fois le Rallye de bout en bout (malgré une panne de moteur à 10 mètres de l'arrivée). A dakar, l'équipage Roy-Balavoine se classe 30ème. Tout au long de ces semaines, si Daniel remplit son rôle de navigateur en vrai pro, il éprouve un profond choc culturel en découvrant l'Afrique. Et s'il y est venu par passion du sport, il sait dèjà qu'il y reviendra pour apporter son aide à cette région du monde où tant de choses sont encore à faire.
En juillet, il est l'un des 80 000 spectateurs qui assistent à Wembley, au concert "Live Aid" organisé par Bob Geldof. Il regrette l'absence de participation française à cette opération. Il s'investit dans "Action-Ecole" et participe le 16 octobre, au concert "Chanteurs Sans Frontière" donné à La Courneuve. Et même si la faute en incombe surtout à l'organisation, Daniel (comme beaucoup d'autres artistes) constatera avec amertume le relatif échec de cette manifestation.
En octobre toujours, paraît le dernier album de Daniel Balavoine "Sauver l'Amour". Cri d'alarme sans doute, mais plein d'espoir. Sentiment profond, conviction que "la notion d'amour est en train de dépérir et que pourtant elle est la clé de tous les problèmes… dans ce monde où le plus beau reste à faire". Ce message Daniel nous le renvoie à travers le miroir de la pochette, derrière lequel son visage s'efface comme pour nous passer le relais. Les textes sont forts:
Tous les cris, les S.O.S, Sauver l'amour, Aimer est plus fort que d'être aimé, etc.
Un enfant assis entend la pluie est consacrée aux problèmes posés par la sécheresse en Ethiopie. Les droits de cette chanson seront versés pour l'Afrique.
L'Aziza est le premier 45 tours extrait de l'album. Il entre au Top 50 dès le 24 novembre. Il y tiendra la première place pendant les deux premiers mois de l'année 1986 (ce titre fait l'objet d'un clip réalisé par Olivier Chavarot). A travers cette chanson, Daniel lance un appel au rapprochement des races: "Je ne suis pas contre le racisme, je suis pour les races. Il faut arrêter de dire aux gens qu'il n'y pas de fossé entre les races. Il faut leur apprendre qu'un fossé ça peut se franchir".
Pour L'Aziza, Harlem Désir remet à Daniel le prix "S.O.S. Racisme", lors de la Fête des Potes au Bourget le 7 décembre.
Mais si ce dixième album est sans doute le plus achevé au niveau des textes, il représente aussi une nouvelle façon de travailler la musique. Il a été enregistré en Ecosse avec de nouveaux musiciens : Matt Clifford (claviers), John Woolloff (guitares) et toujours Jo Hammer (batterie). Daniel a recherché une autre forme de son. Il l'a trouvé à travers le Fairlight, avec l'aide de Jo et Andy Scott. "Ce qu'il y a de fantastique, c'est qu'avec un tel instrument, il n'y pas de limite. Nous ne sommes prisonniers de rien".
En janvier 1986, Daniel a la tête pleine de projets. En mars, il doit partir en Angleterre pour y enregistrer avec ses musiciens un 45 tours qui ne sera pas un nouveau disque de Balavoine, mais celui d'un groupe. Ce sera un produit purement anglo-saxon, destiné aux anglo-saxons. En octobre, il doit de nouveau se produire au Palais des Sports.
Pour le moment, il s'engage dans le "Paris-Dakar, Pari du Coeur". Comme il l'a décidé l'année précédente, il retourne en Afrique pour amener aux populations de là-bas l'aide nécessaire à leur survie. Il emmène avec lui cent pompes à eau. Il veillera lui-même à leur installation.
Le 14 janvier 1986, c'est l'accident… Le silence s'est installé. Et même si Daniel Balavoine est toujours avec nous, quelque part
il nous manque. Cruellement.
Marie-dominique VANDENWEGHE
Didier Varrod - Interview réalisée le 5 janvier 2006
pour le site Daniel Balavoine, Le Chanteur - dbalavoine.com

Lui qui avait écrit Je ne suis pas un héros pour Johnny Hallyday, avant de finir par reprendre cette chanson à son compte, fut pour tant bel et bien un héros. Et sa vie un vrai roman, dont le dernier chapitre se referma aussi brutalement que prématurément. Mort à 33 ans dans l’accident d’hélicoptère qui coûta aussi la vie à Thierry Sabine, fondateur du Paris-Dakar, Daniel Balavoine avait mis toute son énergie au service de l’Afrique et de son « Pari du Coeur », juste après avoir été le parrain des « Restos du Coeur », à la demande de son pote Coluche... qui, six mois plus tard, allait lui aussi dispa raître dans un accident.
Victime de son grand coeur et de sa fougue, Daniel Balavoine était un modèle de courage et d’intégrité. Une grande gueule aussi, qui chantait aigu et parlait fort. Chanteur sans frontières, homme de passion, porteparole des sans-voix et symbole de fraternité, il demeure à jamais l’une des figures marquantes des années 80. Vingt ans après sa disparition, le 14 janvier 1986, ses chansons restent très présentes, alors que sa légende est en marche.
Pour raconter ce destin tragique, sa vie et son oeuvre, le journaliste Didier Varrod qui avait tissé des liens assez rares avec l’artiste (les deux hommes s’étaient d’ailleurs donné à nouveau rendez-vous au retour de Daniel du Paris-Da kar... ) a décidé de laisser parler son coeur. Avec ses mots mais aussi et surtout ceux du chanteur, puisqu’on pourra retrouver dans cet ouvrage ses principales interventions télévisées (face à François Mitterrand, sa sortie sur les anciens combattants...) ainsi que la totalité des interviews qu’il avait accordées à Varrod au long de trois années de rencontres régulières.
Particulièrement émouvant dans le fond, Le Roman de Daniel Balavoine est dans la forme un ouvrage d’une conception originale, où la narration et le témoignage sont étroitement mêlés. Un livre différent, d’où se dégage d’une ma nière im pressionniste le portrait le plus juste et authentique de l’auteur de Sauver l’amour. Un livre différent comme l’était Balavoine lui-même qui, sans souci des retombées éventuelles sur sa carrière, vivait à fond ses passions, ses révoltes, et disait : « Je m'emporte pour ce qui m'importe... »

| Tout le monde en parle ! « Didier Varrod réussit un portrait éclaté du chanteur, entre interviews d'époque, souvenirs d'un journaliste fan et analyse assez fine sur Balavoine dans son époque et sa carrière posthume... » Le Figaro (Bertrand Dicale) « Un très très beau livre, une sorte de kaléidoscope du temps passé assez bouleversant... » LCI (Michel Field) « Varrod a connu et aimé Balavoine. Il parle du chanteur avec les outils du métier, comme Truffaut parlant de Hitchcock... » Paris-Match (Jacques-Marie Bourget) « Un recueil préfacé par Jean-Jacques Goldman où l'auteur nous raconte l'écorchévif, qui vivait mal sa condition de chanteur de variété et voulait s'imposer en Angleterre, le militant passionné par la politique, un homme débordé par un trop-plein d'amour.. » VSD (Christian Eudeline) « Particulièrement émouvant dans le fond, Le Roman de Da niel Balavoine est dans la forme un ouvrage d’une conception originale, où la narration et le témoignage sont étroite ment mêlés; où sur tout la parole du chanteur est extrêmement présente. C'est un Balavoine bien vivant que l’on côtoie à la lecture de cet ouvrage pas comme les autres. Un livre différent... » Chorus (Fred Hidalgo) |
« Le Roman de Daniel Balavoine », par Didier Varrod, 346 pages + cahier photos de 16 pages
Aux Editions Chorus / Fayard
Didier Varrod - Interview réalisée le 5 janvier 2006
pour le site Daniel Balavoine, Le Chanteur - dbalavoine.com
Le Roman de Daniel Balavoine
Le livre de Didier Varrod retrace la vie du chanteur citoyen Daniel Balavoine, sa carrière musicale tout en le resituant dans son époque, avec l'actualité du moment, tant au niveau musical, politique que social. L'auteur/journaliste nous fait partager ses différentes rencontres avec Daniel, des moments privilégiés, intimes... Des interviews de ses proches sont présents Andy Scott, Robert Bialek, Léo Missir, ainsi que ses deux soeurs Claire et Marie-François Balavoine. Un texte / poème est dédié à Catherine Ferry.
Didier Varrod : auteur, journaliste, réalisateur...
Il a été directeur artistique chez Polydor (Universal) puis chez Columbia (Sony).
Journaliste / auteur il sort avec Christian Page en 1988 le livre Portrait non conforme consacré à Jean-Jacques Goldman. D'autres livres suivront Agenda de la chanson 2000 en 1999, Ne vous fiez pas au apparences sur Sheila en 2003...
Sur Canal Jimmy il réalisera plusieurs émissions sur la musique : Sheila, Daniel Balavoine, Spécial 70's...
Sur France 3 on lui confie la réalisation de documentaires / portraits sur France Gall, Renaud, Julien Clerc et dernièrement Véronique Sanson...
Aujourd'hui il anime sur France-Inter l'émission Electron livre le vendredi soir.
En mars sortira son prochain livre sur Patrick Bruel.
Les Aventures de Simon et Gunther
dbalavoine.com : Naissance de ta passion sur Daniel
Découverte de l'album concept "Les aventures de Simon et Gunther", tu as été bouleversé lors de son écoute ? Qu'avait pour toi Daniel de plus que les autres chanteurs à l'époque où tu l'avais découvert ?
Didier Varrod : En fait j'ai découvert cet album par le biais de la télévision, par une de ses 1ères prestations il me semble. Il chantait Lady Marlène. J'ai pris comme une claque dans la gueule Je me suis dit mais qu'est-ce que c'est que cette voix ? Qu'est-ce que c'est que ce mec ? J'étais absolument pétrifié. Ensuite j'ai réentendu plusieurs fois ce titre sur Europe 1 en début d'après-midi vers 14h30. Quand je n'étais pas à l'école, je tombais à chaque fois sur cette chanson et donc je suis allé acheter l'album.
J'ai été absolument médusé à la fois par la musicalité du propos, le fait qu'on puisse faire un album concept, comme ça, sur une histoire avec une forme de livret qui pouvait être une comédie musicale. Mais en même temps, c'était un album. Donc j'ai été surtout séduit par la voix, le propos, l'idée. Choisir la thématique du mur de Berlin je ne trouvais ça pas très moderne comme idée.
Comment un jeune artiste émergent peut tout d'un coup parler en chansons d'une situation politique. Et surtout je trouvais que de manière imperceptible, il correspondait tout à fait à ce que moi je pensais que devait être la chanson : c'est à la fois un divertissement, une part de rêve et en même temps une façon de pouvoir s'intéresser à l'actualité.
Et c'est qu'après, quand j'ai rencontré Daniel Balavoine que j'ai compris que pour lui c'était un peu la même chose. J'ai compris que la chanson était un vecteur pour faire passer des idées de manière efficace et spontanée et en même temps j'ai compris (car je suis quand même né en 1960 donc j'étais dans les yé-yés, je n'avais pas envie d'entendre Brassens et Charles Trenet qu'on écoutait tout le temps à la maison sur l'électrophone de mon père) que la chanson moderne pouvait être engagée, en tout cas en prise directe avec les évènements du monde en utilisant une production, une musicalité d'aujourd'hui.
Cet album était hors du temps par sa thématique et les musiques enregistrées, et en même temps il était d'une modernité absolue.
Et c'est vrai que je me suis intéressé au pourquoi du mur de Berlin à ce moment-là. Je crois que ma passion pour l'Histoire est venue de cet album de Daniel Balavoine. Si j'ai fait des études d'Histoire c'est précisément parce que j'avais envie de m'intéresser à la marche du monde et d'essayer de comprendre.
La Musique anglo-saxonne
dbalavoine.com : C'était très original à l'epoque, c'étaient plus les anglo-saxons qui faisaient ce genre d'album ?
Didier Varrod : C'était très original comme album. Je commençais aussi à écouter la musique anglo-saxonne. Je suis arrivé à la musique anglo-saxonne par la musique française ce qui est rarement le cas. J'ai tout de suite compris la parenté qu'il pouvait y avoir entre Queen et Balavoine, Led Zep et Balavoine, et Supertramp évidemment et Balavoine.
Le lien a été un peu inversé. J'ai écouté cet album (Les Aventures de Simon et Gunther) en boucle pendant des mois. Je pensais que c'était son 1er album. Je n'ai pas été plus curieux que ça en même temps. J'ai attendu le suivant avec impatience.
Le Livre...
dbalavoine.com : Pourquoi avoir décidé d'écrire ce livre 20 ans après la disparition du chanteur ?
Tu écris : "Je fais aujourd'hui ce que j'ai toujours refusé mainte fois de faire. Ecrire un livre sur lui.(...)."

Didier Varrod : Je vais peut être te donner un petit scoop.
Quelques mois avant sa disparition, l'idée d'un livre avait surgi dans ma tête en m disant que je commencais à avoir beaucoup de matériel. Ca faisait 2 ans et demi que je le connaissais et que j'écrivais sur lui. Je me disais qu'un jour peut-être on pourrait regrouper tout ça puis faire le point. C'est ce que j'ai fait avec Goldman mais que j'aurai voulu faire avec Daniel au départ.
Quand il est mort, après la diffusion de La Bonne minute sur France-Inter, j'ai reçu quelques appels de gens qui m'ont proposé de faire un livre. Geneviève Salama m'a appelé, deux ou trois mois après sa mort pour me dire que Pierre Lescure était entrain de préparer un livre sur Balavoine. Elle m'a dit qu'il ne fallait pas que je sois blessé, qu'elle se permettrait de lui laisser mes coordonnées pour que je lui livre un peu ma vision du personnage et peut-être quelques interviews que j'avais pu faire avec lui.
J'étais tellement dans le chagrin qu'à partir du moment où il est mort, je me suis dit c'etait impossible que je puisse écrire sur lui tout de suite.
J'avais eu une deuxième passion naissante en même temps que mes débuts de journaliste : c'était la rencontre avec Goldman qui est très fondatrice. A partir du moment où j'ai rencontré Goldman et qu'il est devenu le phénomène qu'il a été et de le voir recadrer par les journaliste de cette façon, là je me suis dit qu'il fallait absolument que je fasse un livre sur Jean-Jacques Goldman.
Le livre de Daniel n'était forcément plus présent dans mon esprit. Après je pensais que ce n'était plus opportun.
Il y a eu le livre de Geneviève Beauvarlet qui est sorti, j'étais un peu triste car on ne m'a pas contacté. J'ai vu qu'elle me citait dans Paroles et musique mais dans son bouquin le texte n'était pas crédité
dbalavoine.com : Tu écris : "Je lui devais ce livre. Parce qu'il m'a tant appris"
Que t'ont apporté tes rencontres avec Daniel et ses chansons dans ta vie ?
Directeur artistique...
Didier Varrod : En fait c'est lorsque je suis rentré en maison de disques en septembre 1991, que Balavoine a pris une place plus importante dans ma vie parce que je me retrouvais à une place dont il m'avait beaucoup parlé quand il était là en parlant de Léo Missir, de Philippe Constantin, de sa volonté de toujours vouloir être libre, de ses choix.

Je me suis souvenu, à ce moment là, de toutes les conversations, que nous avons eu que ce soit avec le micro ou off the record, lorsqu'il m'avait enseigné le rôle qu'avait eu Léo Missir dans sa vie. J'ai essayé d'appliquer ça.
Moi je ne suis pas un mec qui connait la musique, je ne connais pas le solfège, les techniques d'enregistrement. Je sais repérer une bonne chanson, je sais repérer à priori quelqu'un qui a du charisme, qui a un univers, qui a des choses à dire. C'est la dessus que je vais être bon. Malgré tout, en rentrant dans l'exercice de mes fonctions, je suis rentré dans des problématiques plus concrètes : savoir comment on fait un disque, comment on choisit les studios, comment on enregistre l'album. Est-ce qu'on fait des répétitions avant, comment on juge le travail sur des maquettes, comment on écarte certaines chansons, comment on en garde d'autre, comment on va le proposer aux programmateurs, comment on va faire la promotion.
J'avais l'impression en fait à ce moment là, en 91, quelques années après sa disparition, qu'au delà de la relation professionnelle, Balavoine m'avait offert un cours de formation accélérer sur une profession que je n'imaginais pas faire. Car elle n'était pas dans ma formation.
La photo...
Je pensais à lui tout le temps. J'avais sa photo adossée sur un petit bureau bas et il était tout le temps là.
Ensuite quand je suis arrivé chez Sony, je l'ai accrochée de manière plus visible pour que les gens voient aussi d'où je venais, qu'elles étaient mes racines. J'aurai pu mettre Véronique Sanson. Je mettais aussi des petites cartes, mais Balavoine était là, c'était un portrait, un peu strict, noir et blanc. C'était une fan qui travaillait chez Jean-Patrick Teissiere qui me l'avait offert. Il avait un petit côté gardien du temple, il l'a toujours d'ailleurs sur cette photo.
Biarritz...
Il y a un évènement personnel dans ma vie que je raconte dans le livre de manière assez subliminale. Quand je me suis fais virer de chez Sony, j'ai fait une vraie dépression et là toutes mes convictions sur la musique ont été remises en question tout d'un coup, d'un seul. Je ne savais plus si j'étais fait pour ce métier, si j'étais bon, si je n'étais pas bon. Je ne savais plus ce que je voulais faire. Je me disais peut-être que je m'étais trompé de voie, que j'allais dans un domaine qui n'était pas le mien. J'avais envie de renouer avec mes racines de journaliste, enfin bref j'étais étreint par une vraie dépression. (...) Je me suis retrouvé comme à chaque fois à Biarritz, je faisais des thalassos là-bas. Un jour j'ai dit "Faut que je vienne vivre ici". Donc j'ai acheté une petite maison près du lac de la Négresse, et là j'ai fait du jardinage, des grandes ballades sur la plage, j'ai couru, fait du sport, et ... je suis allé le voir très souvent.
Et chaque fois que j'arrivais à Biarritz, je louais une voiture. J'allumais la radio, c'était Daniel qui chantait. J'ai eu l'impression d'être habité par lui. J'ai cru à une présence et c'est là que je me suis dit "il est là, il me protége et va me guider".
Il m'est arrivé des choses incroyables, je le dis vaguement, j'ai pas envie d'en faire des tonnes mais chaque fois que je suis allé le voir sur sa tombe et qu'il faisait pas beau, tout d'un coup, un soleil sortait à travers les nuages (...).
J'ai aussi entamé une psychothérapie où Daniel Balavoine était très présent.
Les projets...
la réalisation du livre...
Et puis Fred Hildago m'a proposé de faire ce livre. Il se trouve que c'était l'époque aussi où j'ai connu une déception professionnelle énorme, ma rupture avec Jean-Louis Foulquier, qui était en quelque sorte un deuxième tremblement de terre après ma dépression. Mais là j'ai vu que j'étais quand même bien guéri (...). Je ne suis pas tombé malade, au contraire j'ai fait plein de choses. Au lieu de pleurer sur mon sort, j'ai décidé de dire oui un peu à tout ce qu'on me proposait et on m'a proposé plein de choses. Il y a eu le film de Véro (Véronique Sanson) qui était très important pour moi. C'est un peu la femme de ma vie. En même temps on m'a proposé de faire le livre sur Bruel (renvoyer aux infos du livre). J'ai dit oui. Le film sur Noah, j'ai dit oui. Donc j'ai enchaîné les trucs.
Et à un moment donné, Fred Hidalgo me dit : "...bon on va le faire ce Balavoine pour les 20 ans...". J'ai dit oui sans réfléchir. Je me suis retrouvé avec des échéances tellement énormes. La promo du film de Véro c'était déjà un vrai travail. J'ai enchaîné sur le film de Noah qui était difficile à faire. J'ai eu aussi des propositions d'éditeurs pour le livre sur Véro qu'il fallait sortir pour le live pour octobre 2005. J'ai dit oui et là Fred m'a dit "...et le Balavoine...". Je lui ai répondu "...je crois que j'ai pas le temps, je veux prendre le temps pour le faire, je ne peux pas le faire vite".
Il a été fait comme sous hypnose...
Entre temps Thérèse Chassegnet m'appelle pour faire les livrets. Je me suis dit : "...une fois que j'aurai fait l'analyse de la discographie, c'est mon centre, après je pourrais...".
Il se trouve quand même que j'avais l'idée de faire un livre un peu particulier qui mélangerait mes souvenirs personnels et quelques entretiens de personnes qui étaient artistiquement proches de lui, qui était définies : Bialek, Missir et Scott.
Le temps à passé. J'ai fini mon livre sur Véro le 15 août. Je suis parti en vacances à Biarritz et j'ai rien foutu là-bas. Je ne suis pas allé le voir mais par contre je pensais à lui tout le temps. Et puis je me suis dit, tant pis je ne le sortirai pas pour le 20ème anniversaire, je le sortirai après.
Fred m'a mis une pression très forte. Il m'a dit non. Il se trouve que j'avais reçu le contrat. Ca s'est un scoop. Mon avocat à négocier le contrat. Ca s'est très bien passé, très vite. On est tombé d'accord et j'ai fait "...merde, le contrat est arrivé, j'ai tout ce que je demande...". Donc le 26 août je suis rentré. Le contrat était à côté de moi. Je ne l'ai pas signé. Je ne l'ai signé que le jour où j'ai rendu le livre à Fred Hidalgo. C'est impossible. Normalement tu signes le contrat et tu commences à travailler derrière. Mais je me disais pour lui je peux pas faire ça comme ça. J'ai travaillé jour et nuit. Dès que j'avais 2 heures, je me mettais à Balavoine.
Je l'ai fait en écriture automatique. C'est lui qui l'a fait, pas moi. Je pense qu'il y a un peu de ça. C'est impossible de faire une émission de radio, un documentaire, sortir un livre, et en finir un autre puisque j'avais aussi Bruel. Normalement c'est matériellement impossible ce livre. C'est pour cela qu'il y a quelques petites erreurs même s'il y a eu deux relectures. Il a été fait comme sous hypnose.
C'est pour ça que je dis je l'ai porté. Déjà pour ceux qui connaissent un peu ce que je fais, j'avais fait un agenda sur la chanson, en l'an 2000, dans lequel il y avait juste des petits portraits d'artistes. Mon intro, c'était l'intro "Il est 21 heures sur les marches de la maison de la radio...". (intro du livre Le Roman de Daniel), c'était une intro de dix lignes, avec LA photo qui m'a suivi. Ce livre est dédié à Daniel Balavoine.
Les interviews du livre...
Je savais qu'un jour je le ferais, j'ai une relation, je suis habité, je rêve de lui, je lui parle. J'ai la sensation que c'est quand même miraculeux. Je commence à prendre contact avec Andy Scott, Léo Missir et Robert Bialek.
Andy Scott me rappelle pas, Léo Missir, dit "je veux pas parler, j'en ai marre".
Fred (Hidalgo) me disait "faut que tu vois Marie-Françoise Balavoine", c'est la première que j'ai vue. Tout de suite elle m'a dit : "...je veux bien vous rencontrer car j'aime bien ce que vous faites...", "...je suis contente que ce soit vous....".
Et le 2ème déclencheur c'est la Star ac', fin août début septembre dès que j'ai su que c'était Daniel, par la couv partagée entre le fiancé et Balavoine. J'ai dit "il faut que je le fasse, tant pis si tu dors pas pendant 4 mois il faut que je fasse ce livre c'est important parce que c'est plus fort que tout".
Andy Scott était en tournée avec Véronique Sanson. Je le vois à Meaux au Festival Muzik'elles fin septembre, dernière date des concerts de Véro. J'y vais avec une copine qui travaille avec Jean-Jacques Goldman et elle me dit "mais tu sais Andy Scott il est là". Je vais le voir et je lui demande si on peut se voir car je fais un livre sur Balavoine. I me répond qu'il est disponible la semaine suivante.
Le même jour à Meaux il y avait Bialek, et je lui dit Robert faut qu'on revoit l'interview sur Canal Jimmy, elle est bien mais il faut la revoir. Quand je l'avais fait venir à Canal Jimmy il m'avait dit "c'est pour toi, je te promet je le refais plus". Là je lui demandais finalement de figer ses propos dans un livre, ça reste, c'est plus qu'une émission de télé et il est d'accord.
Et deux jours plus tard j'appelle Léo Missir qui me dit qu'il veut bien me rencontrer. Il me donne rendez-vous au Concorde-la Fayette. Pour ces trois interviews : avec Andy j'ai passé une après-midi, avec Léo Missir j'ai passé 1h30/2h, et avec Bialek on a travaillé surtout par internet. Tout s'est débloqué d'un coup, à l'arrache quand même. Car si j'avais pas ces trois témoignages je pouvais faire le livre évidemment, mais sinon je ne parlais que de moi.
Je pouvais le faire j'aurai des choses à raconter, déjà tout ce que je te raconte là. J'étais tellement dans le souci de décrypter ces interviews, parce que c'est long. Deux personnes m'ont aidé dans les décryptages et quand je leur ai dit c'est sur Balavoine...
Donc le livre est fini je le remets à Hidalgo et à Fayard. Thérèse Chassegnet m'appelle et me dit on a enfin des nouvelles de Claire Balavoine parce qu'effectivement tout le monde essayait de la joindre. J'ai dit c'est pas possible. J'appelle le soir et Claire me dit qu'elle attendait mon appel. Je lui explique que le livre est fini, et s'il etait possible de faire une interview par téléphone elle me dit oui. Je fais en sorte de l'intégrer. Là j'ai eu pour le coup la résonance de Balavoine...
Claire ensuite a lu le livre, elle a pleuré et me dit "...c'est ce que j'attendais depuis 20 ans...", "...c'est vraiment le livre que j'attendais parce que c'est mon frère que j'ai connu et en plus je découvre des choses".
Ce qui était magnifique c'est qu'Andy Scott, Bialek, Léo Missir ne connaissaient pas mon travail sur Daniel Balavoine. Ils n'avaient jamais lu mes interviews dans Numéro Un. Mais c'est normal à l'époque c'était des magazines pour jeunes. Ils devaient lire deux, trois trucs. Ils ne s'avaient pas que c'étaient des interviews de fond. Donc ils découvrent beaucoup de choses que Daniel a dit et notamment sur eux. Et moi je découvre ce que eux me disent de lui. Andy Scott, chaque fois que je posais une question, disait "ah mais oui vous avez raison".
Ils étaient contents de savoir que je connaissais bien l'histoire du Fairlight, que j'avais été à Colombes, son inscription à la cellule de S.O.S. Racisme de manière individuelle...
A SUIVRE
Léo Missir, directeur artistique de Barclay
Andy Scott, ingénieur du son
Robert Bialek, producteur scène de Daniel avec Claude Jarroir
Thérèse Chassegnet, Barclay / Universal
Fred Hidalgo, Rédacteur en chef de la revue Chorus
© texte dbalavoine.com
© photos awcreation.com pour dbalavoine.com
Franck Stromme (photographe) : entretien réalisé pour la sortie de son livre De la Scène au Sahel composé de photographies prises lors du tournage du clip L'Aziza. (14 novembre 2001)
Le vernissage de l'exposition des photos de Franck Stromme a eu lieu le 7 novembre 2001 à l'Espace Kiron.
Franck Stromme était présent pour dédicacer le livre.
L'exposition s'est déroulée jusqu'au 17 novembre. Kiron Espace
10, rue de la Vacquerie
75 011 Paris
du lundi au samedi
de 10 h à 19 h.
- Interview de Franck Stromme de Radio Bleue le 13 novembre 2001
- Entretien avec Franck Stromme réalisé le 14 novembre 2001.
(merci à Franck Stromme pour avoir accepté de répondre à nos questions)
- Quelques photos prises lors de l'exposition.
Voici 3 photos publiées avec l'accord de Franck Stromme.
(copyright - Tous droits réservés)
Novembre 1985 : Daniel tourne le clip d'une chanson extraite de son dernier album Sauver l'amour. L'Aziza devient un immense succès. Chanson contre le racisme, elle témoigne du parcours intérieur et de l'engagement pour les valeurs humanistes du chanteur.
Sur le plateau se trouve le photographe Franck Stromme. jour après jour, il restitue l'ambiance particulière du tournage. Mais il révèle surtout, à travers ses photos, la générosité et l'humanité d'un chanteur au grand coeur.
Les photographies réunies dans cet album racontent la dernière aventure professionnelle et humaine de Daniel Balavoine. Empreintes de sensibilités et de tendresse, loin de l'image du chanteur de variétés, elles nous offrent la vision d'un homme secret et passionné.
13 novembre 2001 - 18h15 - France Bleue (Paris)
Photos de l'Exposition
(© photos www.dbalavoine.com)









Entretien réalisé pour le site le 14 novembre 2001. Paris.
La réalisation de ce livre.
Franck Stromme : Je l'ai fait par rapport au fait que c'était très important car c'est très actuel, en fait, un album de Daniel .
Quand on écoute "Petite Angèle" sur la banlieue, sur les problèmes de banlieue, sur les gens qui renversent les poubelles c'est ce qui se passe actuellement puissance X.
J'ai fait des choix aussi par rapport à la guerre, je suis allé 2 fois au Liban, je suis allé en Bosnie, au Kosovo et c'est vrai que c'était important de pouvoir se permettre de parler de problèmes rencontrés.
et le livre avait été annoncé il y a longtemps, mais j'avais besoin encore d'autres expériences qui devaient être très importantes.
dbalavoine.com : C'est un livre aboutit ?
Franck Stromme : C'est un livre aboutit, il y a pas mal de choses encore à dire mais la ça va au delà de ce que voulait dire Daniel parce qu'il y a du temps qui s'est passé et les problèmes qui étaient soulevés il y a 15 ans restent actuels et il y en a d'autres qui sont venus se greffes .
dbalavoine.com : Pourquoi avoir mis autant de temps à le sortir ?
Franck Stromme : Parce que j'avais besoin de connaitre autre chose. On ne peut parler de misère, de souffrance, de soif, de faim qu'après avoir connu quand même relativement.
dbalavoine.com : Avez-vous réalisé d'autres sujets à propos de Daniel autre que le tournage ?
Non, parce que nous nous sommes rencontrés au moment de la Courneuve.
J'ai fait une image qui sort très souvent de Daniel avec Michel Berger au piano ensemble et il y a eu cette image, c'était notre rencontre, une 1ère vraie rencontre.
Il y avait une séance photo qu'on avait fait avant à la piscine de l'Etoile où on a fait des images un petit peu "académique", très noire et blanc avec une belle lumière ce qui fait la couverture du livre et puis dans la piscine avec les petits carreaux, ça c'est une 1ère chose, après il y a eu cette rencontre à la Courneuve où on a discuté aussi beaucoup. J'avais fait des images du disque SOS Ethiopie avec Renaud, Julien Clerc, Goldman... et puis après il y eu le tournage et où on a bosse sur le tournage (3 mois).
dbalavoine.com : Une anecdote à propos de Daniel ?
Franck Stromme : Il y a une chose et c'est par rapport à quelqu'un que j'aimais beaucoup que j'avais rencontré en Afrique quelques mois auparavant car j'étais parti avec Julien Clerc en Afrique (il préparait Bercy, c'était le 1er chanteur français à faire Bercy), j'avais rencontré en Angleterre un jeune pianiste : Matt Clifford, et Daniel l'appelait "billbird" (parce qu'il avait un grand nez) c'était un anglais et c'était très drôle parce que c'était le surnom qu'il lui avait donné, et à l'époque ils été logés au Novotel des Halles pour le tournage de L'Aziza et c'est vrai qu'on a passe une soirée tout les 3 à mourir de rire tous ensemble parce que Daniel avait un humour terrible.Est-ce que ça vaut la peine de se faire tirer pour une image ou autre chose, je pense oui mais à l'heure actuelle c'est très difficile.
Il y a une chanson qui est exceptionnelle c'est "Petit homme mort au combat" et c'est une chanson qui est complètement actuelle. Quand tu vois il y a quelques mois en Palestine cet enfant qui se fait tuer, au même titre en Afghanistan au niveau des talibans, ce sont des jeunes enfants qui sont endoctrinés et quand tu relis exactement le texte des chansons, c'est toute à fait actuel.
dbalavoine.com : Qu'avez-vous envie de dire aux personnes qui ont acheté le livre et à celle qui ont l'intention de l'acheter ?
Franck Stromme : Je les remercie énormément mais je veux qu'ils le prenne non pas comme quelque chose étant un souvenir ou qui soit là pour marquer une dates d'anniversaire ou quelque chose de symbolique mais s'ils l'achètent puisqu'ils ont envie de le lire c'est qu'il ont en vie d'être en phase avec eu même et par rapport à moi, mon analyse et mes points de vues sur une situation actuelle, sur ce que j'ai pu vivre, ce que j'ai pu partager très peu de temps avec Daniel Balavoine. Ca a été 3 mois, mais 3 mois exceptionnels.
Et sur mon expo, sur l'accompagnement du mourant il y a une image qui dit "que à toute heure il y a une minute de bonheur" et quand tu rencontres dans ta vie des gens exceptionnels qui ont des choses à dire, qui font des choses et bien rien qu'une minute avec eux, d'un seul coup c'est plein de temps et c'est cette fameuse minute de bonheur. Et 3 mois combien ça fait de bonheur, ça fait autant de temps que j'ai pu avoir par jour à penser au livre, à ce que les images soient impeccables. Et même s'il y a que 5 livre vendus, il y a 5 personnes qui ont eu la démarche d'acheter, de lire, de regarder et de comprendre et s'il y a 5 personnes, ils en parlerons à 5 autres ... même s'il n'y a que 5 personnes au moins qu'ils soient en phase avec ce que j'ai écrit et ce qui est dit dans le livre . c'est tout.
(...)
Il y a une maison d'édition, des gens qui ont pris des risques, qui ont oses le faire, c'était plus simple de la sortir il y a 1ans à la dates d'anniversaire au début janvier ou en février non parce que moi ça allait à l'encontre de ce que je voulais aussi et je me suis fait très plaisir parce que le livre est sorti au moment de mon anniversaire (le 6nov), c'est un beau cadeau.
Que les gens prennent du plaisir à le lire, à le regarder, à la feuilleter.
dbalavoine.com : Je tiens à remercier Franck Stromme pour m'avoir accordé cet entretien.
© photos de l'expo et itw : www.dbalavoine.com /
© Photos : Franck Stromme
(Auteur / Critique-rock) : interview réalisé lors de la réédition de son livre Balavoine". (1er février 2002)
"Je pense qu'entre Popstars / Star Academy et les chanteurs qui ont inscrit leur oeuvre dans notre patrimoine, y'a pas photo... "

dbalavoine.com : Tout d'abord je tenais à vous remercier d'avoir accepté de répondre à quelques questions pour le site www.dbalavoine.com .
Vous ressortez le 15 février prochain votre livre "Balavoine" sous un nouveau format plus compact avec 13 photos en pages centrales.
Ce livre est déjà sorti en 1995 mais il a été vendu très vite et pas réédité.
Il raconte une histoire à travers les témoignages des proches de Daniel. Les rajouts font que les témoignages sont plus précis.
dbalavoine.com : Est-il possible de savoir pourquoi la 1ère version n'a jamais été rééditée ?"
Gilles Verlant : C'est long et pénible : vous y tenez vraiment ? Disons qu'on a eu des soucis avec un photographe qui a collé un procès à l'éditeur et à la maison de disques pour avoir utilisé ses photos sans autorisation. Je ne me prononcerai pas sur ses motivations, mais je sais ce que j'en pense.
Ce qui m'a fait mal au coeur, c'est de savoir que plus de 5.000 livres avaient été mis au pilon à la suite de ce procès. Le livre ne pouvait pas être réédité en l'état, avec cette couverture-là, etc. Ceux qui l'ont possèdent donc un collector. En outre, le livre coûtait trop cher (entre le prix dont nous avions convenu et celui finalement appliqué, sans nous consulter, il y avait eu inflation de 50 balles). Et il est sorti au coeur des grandes grèves de 1995 (remember Juppé !), autrement dit dans l'indifférence générale.
Ce rendez-vous raté me restait en travers de la gorge, je trouvais dommage que le livre n'existe plus, alors que les chansons de Daniel sont toujours aussi présentes, peut-être plus encore aujourd'hui qu'en 1995 !
dbalavoine.com : Ce livre est né d'une demande de Corinne Barcessat (compagne de Daniel et mère de ses 2 enfants) pour laisser à ses enfants un très beau livre parlant de Daniel.
Vous aviez avec vos collaborateurs ( Christine Lamiable et Jean-Eric Perrin ) mis seulement 3 mois pour réunir tous ces témoingnages et ces documents. "Le fait que votre livre soit réédité vous as-t-il permis d'avoir plus de temps pour le finaliser ? "
Gilles Verlant : Oui, on a pris le temps de bien le faire, environ un an depuis que la décision de le rééditer a été prise. Nous n'avons pas pour autant cherché de nouveaux témoignages, jugeant que l'éventail des témoins était déjà assez complet. En revanche, Joanna, la fille de Daniel, s'est personnellement impliquée dans la relecture et je l'en remercie. Après tout, c'est pour elle, et pour son frère, que j'ai initialement écrit le livre il y a six ans...
dbalavoine.com : Car en relisant votre livre on s'aperçoit de nombreuses phrases rajoutées, de temoignages supplementaires tels que ceux de Diane Dupuis et Aliss Terrell ,vos commentaires personnels plus travaillés ... (et aussi des fautes d'orthographes rectifiées)
Gilles Verlant : Merci d'avoir remarqué des choses dont je pensais qu'elles ne se verraient qu'à la loupe... Nous avions raté (question de timing) Diane et Aliss pour l'édition 95, une injustice qu'il fallait réparer. Les fôtes d'hortograffe, c'est pas forcément moi, mais certaines échappent toujours aux plus vigilants. Disons que j'ai eu une meilleure correctrice cette fois-ci...
Et que le public est infiniment plus éclectique et intelligent et ouvert que ceux qui sont supposés mieux informés...
dbalavoine.com : Exemples de passages rajoutés :
- Précision sur la chanson 1,2,3 lors de l'Eurovision
- Du voyage en allemagne avec Catherine Ferry
- Ajout aussi d'un témoignage de JJ Goldman, passage que vous évoquiez au cours de l'émission France 3 Aquitaine le 13 janvier 96 : sur le fait que Daniel faisait très attention aux critiques des journalistes-rock de l'époque et que JJG pas du tout. Gilles Verlant : Voir réponse suivante pour les rajouts. Pour le grand débat Bala / rock critics, c'était un passage que j'aimais beaucoup, sucré en 95 pour des raisons indépendantes de ma volonté. Un débat auquel je suis d'autant plus sensible que j'ai été (et que je suis encore, à ma façon) un rock critique et que je comprends très bien les deux points de vue, forcément irréconciliables. Pour certains, Bala sera toujours un chanteur de variété, comme Goldman, comme plein d'autres. Disons que les rock critiques ont été les premiers à "formater" leurs journaux / leurs émissions de radio. Et que le public est infiniment plus éclectique et intelligent et ouvert que ceux qui sont supposés mieux informés...
dbalavoine.com : "Certains passages de Daniel ont-ils été reformulés pour se rapprocher de la réalité ?"
Gilles Verlant : Je ne crois pas : il y avait eu des coupes dans la précédente édition pour des questions de mise en page. Je suis revenu au manuscrit d'origine.
dbalavoine.com : "Qu'avez-vous envie de dire aux personnes qui vont acheter votre livre ?" Gilles Verlant : Merci et bonne lecture ! Et plus sérieusement, lisez-le, puis réécoutez les chansons, ou faites les deux en même temps.
dbalavoine.com : "Que pensez-vous des personnes qui apprécient encore Daniel Balavoine ?"
Gilles Verlant : Non seulement il y a ceux et celles qui "apprécient encore" mais il y a ceux qui ne l'ont découvert que récemment : ceux qui étaient trop jeunes pour l'avoir connu au temps de sa gloire, qui ont quinze, vingt ans aujourd'hui et qui prennent conscience de l'importance du bonhomme, de la qualité de ses chansons qui tournent énormément en radio ou qui sont reprises, parfois même avec talent, par de nouveaux interprètes.
J'en pense qu'entre Popstars / Star Academy et les chanteurs qui ont inscrit leur oeuvre dans notre patrimoine, y'a pas photo...
Qu'on peut se sentir meilleur en écoutant son oeuvre - une observation qui est vraie pour de nombreux artistes, évidemment - mais, dans son cas, parce qu'il n'a jamais essayé de nous vendre l'idée que l'amour idéal existe, qu'il n'a jamais cessé de nous dire que la vraie vie est pleine de contradictions, qu'il n'a jamais surjoué ses sentiments et qu'il était sans doute plus conscient que d'autres de la place de la chanson / des chanteurs dans nos vies.
En clair : je ne fais aucunement confiance à ceux / celles qui hurlent "Je t'aaaaaaaiiiime" ou qui parlent de leur âme à 17 ans ou qui braillent des chansons ineptes dans des comédies musicales où l'on tente de nous faire croire à des grands sentiments aussi vains que vides de sens.
Bala était vrai, c'est pour ça qu'il est encore là, la sincérité est toujours payante.
On peut être "plus grand que nature" en étant soi, sans une once de mise en scène...
Le journal de Metz-Orne - Le Républicain Lorrain - 5 et 6 janvier 2010
(Merci à Mary-Odile Cherry du républicain Lorrain)



Dossier hommage écrit par Fabien Lecoeuvre.







Les passages parlant de Daniel ont été surlignés





LES HÉROS NE MEURENT JAMAIS !
Balavoine… Il y a des chanteurs comme çà que l'on n'est pas près d'oublier. Parce que, derrière le micro, il y a un homme, des convictions et une sacrée rage de vaincre l'injustice.
Quinze ans après sa disparition, celui qui chantait "Je ne suis pas un héros" apparaît pourtant de plus en plus comme tel. L'Aziza, Mon fils ma bataille, Sauver l'amour… ses chansons résonnent aujourd'hui encore et toujours comme des combats d'autant plus vrais que menés avec le coeur. Parce que Balavoine, c'était çà avant tout : un coeur plein d'amour, un coeur à vif, fort et fragile à la fois, qui n'a cessé de palpiter pour les siens, certes, mais aussi pour tous les oubliés de la vie… Un coeur "gros comme çà", qui est toujours là, dans le nôtre.

Daniel Balavoine
C'était un héros !
Je ne suis pas un héros, chantait Daniel Balavoine avec la fougue de sa jeunesse. Quinze ans ont passé depuis sa disparition tragique en plein coeur de désert du Sahel. Le chanteur est aujourd'hui un héros. Celui du coeur.
La chanson, c'était pour lui une façon d'exprimer ses révoltes et de se mettre au service des autres. Mais, pour lui, çà n'était jamais assez. L'injustice du monde était beaucoup trop grande pour qu'il ne s'y consacre pas pleinement. Et il l'a fait. Avec ses potes, Coluche, Michel Berger et Jean-Jacques Goldman, il fut même un des premiers artistes à mener le combat pour un monde meilleur. Au péril de sa vie…
A 16 ans, il veut changer le monde
C'est à Alençon qu'est né, il y a quarante-neuf ans, le petit Balavoine. Mais, c'est dans le Sud-Ouest, entre Biarritz, Dax et Pau, qu'il grandit, au fil des mutations de son père ingénieur.
Là, Daniel croque à belles dents les événements de mai 68. Sur les barricades, sa révolte se renforce. Il envisage faire Sciences-Po et même devenir député pour changer le monde de la politique.
Il espère ainsi venir en aide à tous ceux qui n'ont rien. Mais son enthousiasme tourne court. Daniel, qui rêvait de grande révolution, se rend compte que finalement les bouleversements attendus de 68 et leurs promesses n'auront pas lieu. "J'ai été dégoûté de la vie politique", déclare-t-il.
Çà ne l'empêche pas pour autant d'aborder le sujet dès qu'il en a l'occasion.

Pour lui, la musique est une chose de la vie, mais pas la vie…
Déçu, il ne lui reste plus que sa guitare. En quelques accords, il commence à chanter sa colère. Il n'a pas 20 ans. A l'époque, Daniel répond absent quand il s'agit de passer le bac. Il préfère monter un groupe, Présence. Il se produit dans les bals de la région avant de monter à Paris avec ses complices. Là, ils enregistrent un disque dont s'écoulent 247 copies.
Jeune chanteur, il s'oppose au pouvoir
Comble de l'ironie pour un jeune garçon à fleur de peau lorsqu'il s'agit d'inégalité sociale, le voilà engagé, en 1974, dans la comédie musicale, La Révolution française.
Puis, Daniel fait partie des choeurs de Patrick Juvet qui a remarqué les sonorités étonnantes de sa voix.
"La musique est une chose de la vie, mais ce n'est pas la vie", répète-t-il souvent, bien trop conscient de la futilité de son art. Pourtant, c'est la musique qui bientôt permettra au jeune contestataire de prendre la parole.
Le succès immédiat, en 1978, de la chanson Le chanteur, et sa prestation de loubard révolté dans la première version de Starmania offrent à Daniel une vraie tribune, toute une génération qui attendait son porte-parole.
Balavoine est celui qui ose tout, celui qui n'a pas sa langue dans sa poche. Quand on lui reproche sa voix trop haut perchée, il se pointe à la télévision déguisé en castafiore. L'avantage est pour lui.
Qui aura oublié son coup de gueule du 16 mars 1980 lorsqu'il apostrophe un candidat à la présidence, un certain François Mitterrant, à qui il reproche son désintérêt pour le "dangereux désespoir de la jeunesse" ou encore lorsqu'il insulte les anciens combattants ? En octobre 1983, c'est à nouveau lui qui tempête après l'attaque d'une caserne de soldats français à Beyrouth. Personne ne sait que Daniel au coeur tendre pense à son frère militaire au Liban.





