auteur : Marie-dominique VANDENWEGHE
En 1978, quand Le chanteur explose sur les ondes, il y a déjà dix ans que Daniel Balavoine galère. Revenons donc six ans en arrière.
Mai 1968 : Daniel a 16 ans (il est né le 5 février 1952 à alençon). Il est lycéen à Pau. La politique l'attire. Il participe activement au mouvement étudiant. Mais les discours de ses dirigeants le déçoivent vite; Daniel se tourne vers la musique. Avec son groupe Les Shake's de Pier Canto, il anime chaque fin de semaine les bals de sa région du Sud-Ouest. Puis il joue avec une première formation Réveil, puis rencontre les membres de Présence.
En 1970, le groupe Présence, alors composé de neuf membres dont le chanteur était Erick Saint Laurent, avait déjà enregistré un 45 tours chez Vogue, dans la série "Pop Music". Il avait également participé à la compilation "Music Evolution" en compagnie de Martin Circus, Balthazar et Blues convention.
Après l'échec commercial de leur premier 45 tours, les membres de Présence s'étaient séparés. Deux rescapés de cette première formation : Daniel Darras (claviers, vocal et cuivres) et Daniel Baudon (batterie) ayant fait la connaissance de Michel Cohen (basse) et de Alain Crépin (lead guitare, citare) rencontrent alors Daniel Balavoine (lead vocal, guitare). A cinq, ils enregistrent chez Vogue, en 1971, un 45 tours : Le jour s'est levé / La Lumière et la Folie, dont les musiques sont signées Daniel Balavoine. Le disque reçoit un accueil assez favorable dans les clubs, mais les radios le boudent. Les cinq garçons, managés par Jacques Améziane (également manager de Triangle, Zoo, Total Issue, Daydé…), achètent un camion et donnent des galas dans toute la France. Ils jouent au Golf Drouot, au Gibus Club, participent à l'opération "Promo Pop 72" lancée par Best avec la participation de la maison de disque Vogue.
DANIEL BALAVOINE
Daniel Balavoine a dit : "Je n'aime pas les souvenirs… D'ailleurs ils sont faux. La mémoire ne restitue que ce que l'inconscient veut bien laisser passer. Elle déforme, elle triche, elle ment". Sans doute est-ce pour cette raison qu'il est encore si difficile de parler de lui deux ans après sa disparition en Afrique. Et c'est pour cela que nous n'avons voulu inclure dans cet article aucun souvenir personnel. Nous avons seulement essayé, à partir de documents d'archives que nous avons pu rassembler, de retracer le plus précisément et le plus objectivement possible la carrière d'un artiste, même si, s'agissant de Daniel Balavoine, il est souvent possible de dissocier l'homme du chanteur, tant il était lui même dans tout ce qu'il faisait.
En mars 1975, c'est la sortie du premier LP de Daniel : De vous à elle en passant par moi. Déjà on remarque une unité dans les thèmes : le disque est consacré aux femmes qui ont traversé la vie de son auteur. La présentation est très soignée : on a droit à une superbe pochette, dans le style carte postale rétro, sur fond argenté. Au recto, on découvre une fillette blonde, dans un landau coquille d'oeuf couvert de fleurs, tiré par des agneaux enrubannés. Au verso, Daniel apparait en blouson en jean fatigué, les mains croisées sur une couronne de fleurs. Pour la sous-pochette, sur laquelle figure les textes des chansons, sa tenue vestimentaire est tout à fait différente (gilet-cravate, contrastant avec sa chevelure très longue).
On retrouvera ces deux photos de Daniel sur les deux pochettes différentes du 45 tours extrait de l'album : Evelyne et moi / Vis loin de moi, paru sous deux références différentes.
En 1975 toujours, sort un autre 45 tours : Vienne le pluie, dont la pochette rappelle une oeuvre du peintre Magritte qui avait déjà inspiré Patrick Juvet pour la pochette de l'album Chrysalide. En face B de ce single La tête en bas est un titre qui ne figure sur aucune réédition ou compilation. A la même époque, Daniel produit le groupe Mélodie S.A. dans lequel chantent ses frères et dont il est directeur artistique. Mélodie S.A. sera plusieurs fois mentionné sur des disques de Daniel Balavoine et aussi de Catherine Ferry (Julia mon coeur, Petit Jean, ces chansons ayant d'ailleurs été écrites par Daniel, ainsi que beaucoup d'autres titres interprétés par Catherine Ferry au cours des années suivantes). Mélodie S.A. enregistre un 45 tours sur lequel on trouve le morceau déjà interprété par Richard Anthony, Et je m'en vais, avec en face B Si peu d'été, composé par Guy Balavoine et Patrice Shreider.
C'est en avril 1977 que sort le deuxième album de Daniel Balavoine Les aventures de Simon et Gunther, 33 tours entièrement consacré au Mur de Berlin. L'idée en est venue à Daniel au cours d'un voyage de quatre jours effectué en Pologne en 1976. Dans une interview accordée au journal Les Nouvelles Littéraires, il raconte: "Sur les plateaux de la télévision, j'ai d'abord rencontré un chanteur dont le rêve était d'aller chanter à Paris, à l'Olympia, mais qui ne le pouvais pas… Puis dans la ville, j'ai constaté de drôles de choses. Dans mon hôtel, j'ai vu des gens qui vendaient clandestinement des revues pornos. Dans les grands magasins, j'ai vu des rayons avec mille fois la même paire de gants ou le même imperméable… ça m'a remué le coeur, je me sentais mal, j'ai eu envie de gueuler. Ce disque est né de là ".
Il raconte l'histoire de deux frères, Simon et Gunther Stein, que le Mur a séparé et qui échangent une correspondance. Pour la réalisation de cet album, Daniel a obtenu de sa maison de disques la liberté totale dans le choix des musiciens.
Autour de lui, on trouve déjà les futurs membres du groupe Clin d'Oeil. "Je ne veux plus d'arrangeur", dit-il alors. "Les musiciens participent aux arrangements dans la mesure où nous sommes en dialogue constant. Ils peuvent même co-signer certains titres avec moi… On fait un travail d'équipe. Chaque musicien a son instrument". On retrouvera cette démarche dans tous les albums suivants.
Les Aventures de simon et Gunther ne constituent pas un gros succès commercial. Une chanson toutefois permet à Daniel de connaître un début de notoriété : Lady Marlène qui sera éditée en 45 tours. Dans Ma musique et mon patois Daniel s'élève déjà contre l'idée que les anglo-saxons sont les seuls à pouvoir faire des concepts-albums et de la musique rock. Pendant des années, il se battra pour faire admettre au public et aux journalistes de la presse spécialisée qu'on peut faire de la rock music en France sur des textes français. "On donne le meilleur de nous-même, on fait une musique volontaire, qui n'est pas une simple copie conforme des vieilles traditions françaises… Mon ambition est de faire reconnaître une excellente musique rock française où les mots sont au service de la musique".
Mais revenons en 1977. Cette année-là, Daniel participe comme choriste à l'album d'Alain Bashung Roman photos en compagnie de Dany Darras, ancien membre de Présence.
Puis il rencontre Michel Berger, qui depuis 1976 travaille avec Luc Plamondon sur le spectacle musical Starmania . Michel Berger offre à Daniel le rôle de Johnny Rockfort, chef d'une bande de loubards de la banlieue Nord. Le double album paraît en avril 1978.
Les radios en diffusent chaque jour des extraits, chantés par Daniel Balavoine Quand on arrive en ville, Fabienne Thibeault Les uns contre les autres ou Diane Dufresne Les adieux d'un sex-symbols. Mais sur l'album ne figure qu'une partie de la musique de Starmania.
La version intégrale sera montée sur scène en 1979 (du 10 avril au 3 mai au Palais des Congrès de Paris et le 29 juin au Stade Olympique de Montréal). Les rôles principaux sont tenus par les mêmes artistes que sur le disque. Le spectacle est mis en scène par Tom O'Horgan metteur en scène de Hair et de Jésus Christ Super Star aux USA. Les costumes éblouissants sont réalisés par Randy Barcelo. 100 000 spectateurs verront Starmania à Paris. Un quadruple album live sera tiré du spectacle. Dans ce coffret, on peut notamment trouver S.O.S d'un terrien en détresse chanson composée spécialement pour la voix de Daniel et dans laquelle celui-ci effectue une prouesse vocale remarquable. A tel point que lorsqu'on montrera Starmania au Canada, il faudra en changer la mélodie pour que l'artiste québécois qui jouera le rôle de Johnny Rockfort puisse l'interpréter.
Parallèlement au succès de Starmania, Daniel publie en 1978 la 45 tours : Le français est une langue qui résonne / Je suis bien. Puis, c'est l'album Le chanteur à propos duquel Daniel avait dit : "Si je n'en vends pas 30 000 exemplaires, je m'arrête".
La suite, on la cannait… Interrogé sur la façon dont il conçoit ce nouveau LP Daniel explique : "C'est l'aboutissement de mes deux premiers. Je me situe moi-même comme un musicien-chanteur, et actuellement je suis dans un groupe… qui participe à la création, uni et techniquement au point. Je crois que les parties vocales et instrumentales sont équilibrées. Andy Scott m'aide beaucoup. Il a fait un travail de recherche de micro impressionnant, pour la prise de voix notamment". Andy Scott, l'ingénieur du son, l'ami. C'est lui L'oiseaux de nuit dont parle Daniel dans un des titres de son album. Andy Scott qui était déjà présent à l'époque de la collaboration avec Patrick Juvet. Andy Scott qui sera là pour tous les albums de Daniel. Deux titres extraits de ce troisième album feront gravir à Daniel les marches du succès. Le chanteur bien sûr, et Lucie. Sur la face B de ce 45 tours, on retrouve S.O.S d'un terrien en détresse extrait de l'enregistrement public de Starmania.
1979 sera une année importante. Après Starmania au Palais des Congrès, Daniel fait sa première expérience cinématographique dans la film Alors heureux ? de Pierre et Marc Jolivet, mis en scène par Claude Barrois et produit par Claude Lelouch. Il y joue le rôle d'un brancardier à l'humour grinçant. Il compose également la musique de ce film qui, arrangé et jouée par le groupe Clin d'oeil, fera l'objet d'un LP édité chez Barclay en 1980; Daniel y interprète la chanson du générique: Alors heureux ?.
Le 4 août 1979, il partage la vedette de l'émission télévisée Numéro 1 avec Louis Chédid. Au moi d'octobre, il publie son 4 ème 33 tours "Face amour, Face amère".
On y retrouve les musiciens qui travaillent avec Daniel depuis plusieurs années : Patrick Dulphy (guitares acoustiques), Hervé Limeretz (claviers), Roger Secco (batterie et chant), Bernard Serre (basse, chant et microsynthétiseur), Colin Swinburne (guitares électriques), Patrick Bourgoin (cuivres), Jean-Paul Batailley (batterie, percussions), Guy Balavoine (choeurs) et toujours Andy Scott à la prise de son.
La nouveauté c'est que le nom de Clin d'oeil apparait enfin sur la pochette. Sur la face amère de l'album Daniel redevient même choriste pour laisser Clin d'oeil interpréterPauvre Bobby. Puis le groupe assurera la 1 ère partie du spectacle. Car la scène manque à Daniel. Il dit : "J'en ai besoin comme j'ai besoin d'oxygène". C'est là qu'il pourra vraiment prouver ses qualités musicales. Avec son orchestre il soigne tout : le décor, le son, l'éclairage. Et le premier gala a lieu, le 24 novembre, au Théâtre Sébastopol de Lille. "Devant sa maman, son producteur Léo Missir, ses copains montés en force de Paris et 300 supporteurs Lillois inconditionnels", raconte le lendemain J.M. Sourgeons dans La voix Nord. "Un peu brouillon, pas très au point, crispé au début, moins coincé ensuite, presque professionnel vers la fin. Mais sympathique de bout en bout… il a bien rempli son contrat… il est parti sous les bravos nourris mêlés à quelques exclamations désappointées".
Trois 45 tours seront extraits de l'album, avec en face A : Me laisse pas m'en aller, Dancing samedi et Tu me plais beaucoup.
Du 31 janvier au 2 février 1980, Daniel et Clin d'oeil occupent l'Olympia ; la presse est unanime pour reconnaître leurs qualités scénique : c'est une consécration.
Beaucoup moins unanimes seront les réactions après l'intervention de Daniel sur le plateau du Journal Télévisé d'Antenne 2 le 16 mars 1980. Ce jours-là, face à François Mitterrand, alors premier secrétaire du parti socialiste, il se fera le porte-parole de la jeunesse, réclamant pour elle le droit au désespoir.
Huit mois plus tard, le 15 novembre, l'émission Numéros 1 consacrée à France Gall et Michel Berger réunit Alain Bashung, Jacques Higelin, Alain Chamfort… et Daniel. Il y interprète Mon fils ma bataille extrait de son tout nouveau LP. Le sujet est d'actualité. Daniel a été très impréssionné par le film Kramer contre Kramer. Sa chanson remporte un gros succès populaire.
Le nouvel album s'intitule Un autre monde . A travers le graphisme et la photo de la couverture, Daniel veut nous faire découvrir la fascination qu'exerce sur lui la Chine. Laissons-le nous parler de ses nouveaux titres (interview accordée au journal Hit) : "Dans mon nouveau disque, je suis tour à tour père de famille, coureur de fond, robot, détournenr d'avion. a chaque fois, je m'intègre dans mon personnage et c'est ça qui me plaît. Il y a des chanteurs qui se chantent eux-mêmes et qui racontent leurs amours tout au long de leur carrière. Moi, je préfère changer de peau".
Il faut également signaler que Je ne suis pas un héros a d'abord été composé pour Johnny hallyday (qui l'a d'ailleurs enregistrée sur son LP A partir de maintenant). L'album, qui comprend aussi un duo avec Michel Berger : Bateau toujours, et se termine par un morceau instrumental, pendant lequel on entend un extrait d'un discours de Mao Tsé Toung.
On retouvera la même empreinte de la Chine à l'Olympia, du 10 au 14 mars 1981 (et non 15 mars comme initialement prévu). Daniel, ses musiciens, les techniciens, le personnel de l'Olympia… tous ont revêtu des costumes bleu de Chine. Le fond de la scène est occupé par un énorme appareil photo. Balavoine et Clin d'oeil offrent au public un spectacle marathon parfaitement réglé. Mais si les spectateurs sont conquis, les critiques sont partagées. Chaque soir, Michel Berger rejoint son ami sur scène pour Bateau toujours. C'est aussi lui qui, au cours de cette semaine, remet à Daniel son premier disque d'or.
Un double album live du spectacle de l'Olympia sort en décembre 1981. Les acheteurs des premiers pressages de ce Balavoine sur scène se voient offir un mini-appareil photo montrant 14 vues du spectacle. Une idée originale. Un 45 tours est extrait de cet album, avec les titres: La vie ne m'apprend rien et Allez hop !.
Toujours en 1981, Daniel participe au "Mai de la Chanson française"; le 22 octobre il donne un concert au profit d'Amnesty International dans le cadre des "100 artistes pour les Prisonniers d'Opinion". En novembre il est L'invité du Jeudi de Didier Lecat sur Antenne 2; et il finit l'année par une tournée en France et en Belgique.
En avril 1982, il nous présente son nouveau LP Vendeurs de Larmes. On y voit apparaître de nouveaux musiciens : Christian Padovan (basse), Yves Chouard (guitare) et Jo Hammer (batterie). Enregistré à Ibiza, cet album se compose d'un 33 tours et d'un maxi 45 tours. Au total 13 chansons, qui sont autant de regards sur la vie. "Et pour faire un disque, il faut avoir fait tant de chemin…/Regarder le monde, et admettre qu'on n'est presque rien…/ la vie c'est la vie." De cet album, pour lequel Daniel obtiendra le Prix Diamant de la Chanson Française, sont tirés 45 tours : Vivre ou Survivre. (même exposé aux flèches); Vendeurs de larmes , pour lequel on a repris la photo de la sous-pochette de l'album (ce superbe cliché d'un Daniel angoissé servira aussi de couverture au pressage canadien de l'album) et enfin Soulève-moi, sur la pochette duquel Daniel prend une mappemonde à bras-le-corps.
Fort de toutes ces nouvelles chansons et de son nouveau groupe, soutenu par la confiance de ses producteurs, il se lance dans l'aventure du Palais des sports qu'il occupe du 9 au 13 juin. Il a insisté sur la mise en scène, habillé la scène de 800 projecteurs, de stores vénitiens et d'un écran sur lequel sont projetés diapos et films. Pari audacieux que de vouloir remplir cette salle pendant cinq jours, surtout quand on sait que durant la même période, Simon & Garfunkel, et les Rolling Stones se produisent à l'Hippodrome d'auteuil. "Tant pis pour Mick Jagger" dira Daniel avec humour. "Le Palais des Sports est plein, le pari est gagné."
Avant de promener son spectacle en province, ce qu'il fera au cours d'une tournée de 50 villes à l'automne 1982, Daniel apparait por la deuxième fois au cinéma dans un film de Michel Vocoret : "Qu'est ce qui fait craquer les filles ?". Il y fait une courte apparition dans le rôle d'un client de l'hôtel tenu par Guy Montagné. A leurs côtés: Georges Descrières, Gérard Hernandez, Katia Tchencko, Darry Cowl…
En janvier 1983 il participe pour la première fois au rallye "Paris-Dakar". Au cours de cette année, il enregistre avec Frida, Fabienne Thibeault, Plastic Bertrand, Catherine Ferry… le conte musical "Abbacadabra" écrit par Alain Boublil, sur des musiques du groupe Abba. Le duo que Daniel chante avec Frida Belle fait l'objet d'un 45 tours, avec sur la face B C'est fini, chanson extraite de l'album Vendeurs de larmes. Abbacadabra" est diffusé sur TF1 pour Noël.
En 1984, Daniel signera une chanson pour Frida "The Face"
Au cours du dernier trimestre 1983, pendant quelques semaines, Daniel anime quotidiennement une émission magazine sur la radio parisienne 95.2 FM. Le 23 octobre, il est sur TF1 l'invité de l'émission "7 sur 7". Il commente à chaud les événements drapatiques survenus au Liban et prend violemment position contre tout pouvoir politique ou militaire. Ses propos choquent. Il s'attire l'hostilité des anciens combattants. Sa franchise dérange et agace.
Puis c'est la commercialisation de son septième 33 tours studio Loin des yeux de l'occident. Cette fois Daniel est allé enregistrer en Angleterre et en Ecosse. Il a travaillé différemment, a utilisé des computers et des programmations, a inclus des percussions africaines dans ses compositions. Un musiciens a rejoint l'équipe Alain Pewzner (membre de Martin Circus) dans les années 70). Le photo de la pochette symbolise l'ouverture aux autres et le rapprochement des races. Plus que jamais, Daniel prouve qu'il est à l'écoute de son temps. Les textes traitent de sujets importants: la condition humaine (Pour le femme veuve qui s'éveille), les dictatures d'Amérique du Sud Revolucion, la torture (Frappe avec ta tête chanson dédiée à l'écrivain Miguel Estrella), la drogue (Poisson dans la cage.). Le titre Partir avant les miens. que les événements futurs éclaireront douloureusement, a été enregistré chez Patrick Moraz, qui a travaillé avec Yes et les Moody Blues. Daniel peut être fier du résultat, même s'il affirme ne pas en être le seul responsable, car plus que jamais il s'agit d'un travail de groupe. Cette fois, il se classe incontestablement parmi les Grands.
Pour être au complet au niveau de la discographie, il faut encore signaler qu'en 1983 Daniel apparaît sur l'album de Michel Berger "Voyou" (il y fait la deuxième voix dans "La minute de silence") et sur celui d'Yves Simon USA-USSR (il redevient choriste pour "J'pense à elle tout le temps").
Au début de 1984, il promène ses nouvelles chansons à travers la France. Au cours de cette tournée, il donne à l'un de ses musiciens, Philippe Patron, la chance que lui avait offerte Patrick Juvet à ses débuts, en lui permettant d'interpréter deux chansons au cours du spectacle. Philippe Patron a enregistré ces deux titres. La musique de la face B, Les yeux fermés a été composée par Daniel. Philippe n'aura pas le temps de connaître le succès. Il meurt accidentellement en septembre de la même année.
Le 2 avril, Daniel est au Printemps de Bourges. Plus de 4000 personnes assistent au concert qu'il donne sous le grand chapiteau de la place Séreaucourt. (Il était d'ailleurs pressenti pour une nouvelle participation à ce festival en 1987, pour un co-récital avec Jeanne Mas). Durant l'été paraît le 45 tours Dieu que c'est beau. (Frida chante dans les coeurs) avec en face B la version instrumentale de La muraille. Quelques mois plus tard, le 4 novembre, on trouve "Dieu que c'est beau" en 47e position du tout premier Top 50. En septembre, "Les enfants du Rock" consacrent à Daniel un reportage intutulé "Le chanteur en état de marche". Et du 20 au 30 septembre, c'est son second Palais des Sports. Dans un décor sobre, éclairé par un procédé nouveau qui permet une infinie variété de tons, Daniel y donne la pleine mesure de son talent. Tout au long de ces concerts, il marque des ponits et cette fois, " même le Tout-Paris se lève pour prolonger le combat". Ce spectacle donnera lieu à l'enregistrement d'un double album live: "Balavoine Au Palais des Sports" .
En janvier 1985, il entreprend son second "Paris-Dakar" comme co-équipier de Jean-Luc Roy sur la Tayota N°220. Contrairement à 1983, il fait cette fois le Rallye de bout en bout (malgré une panne de moteur à 10 mètres de l'arrivée). A dakar, l'équipage Roy-Balavoine se classe 30ème. Tout au long de ces semaines, si Daniel remplit son rôle de navigateur en vrai pro, il éprouve un profond choc culturel en découvrant l'Afrique. Et s'il y est venu par passion du sport, il sait dèjà qu'il y reviendra pour apporter son aide à cette région du monde où tant de choses sont encore à faire.
En juillet, il est l'un des 80 000 spectateurs qui assistent à Wembley, au concert "Live Aid" organisé par Bob Geldof. Il regrette l'absence de participation française à cette opération. Il s'investit dans "Action-Ecole" et participe le 16 octobre, au concert "Chanteurs Sans Frontière" donné à La Courneuve. Et même si la faute en incombe surtout à l'organisation, Daniel (comme beaucoup d'autres artistes) constatera avec amertume le relatif échec de cette manifestation.
En octobre toujours, paraît le dernier album de Daniel Balavoine "Sauver l'Amour". Cri d'alarme sans doute, mais plein d'espoir. Sentiment profond, conviction que "la notion d'amour est en train de dépérir et que pourtant elle est la clé de tous les problèmes… dans ce monde où le plus beau reste à faire". Ce message Daniel nous le renvoie à travers le miroir de la pochette, derrière lequel son visage s'efface comme pour nous passer le relais. Les textes sont forts:
Tous les cris, les S.O.S, Sauver l'amour, Aimer est plus fort que d'être aimé, etc.
Un enfant assis entend la pluie est consacrée aux problèmes posés par la sécheresse en Ethiopie. Les droits de cette chanson seront versés pour l'Afrique.
L'Aziza est le premier 45 tours extrait de l'album. Il entre au Top 50 dès le 24 novembre. Il y tiendra la première place pendant les deux premiers mois de l'année 1986 (ce titre fait l'objet d'un clip réalisé par Olivier Chavarot). A travers cette chanson, Daniel lance un appel au rapprochement des races: "Je ne suis pas contre le racisme, je suis pour les races. Il faut arrêter de dire aux gens qu'il n'y pas de fossé entre les races. Il faut leur apprendre qu'un fossé ça peut se franchir".
Pour L'Aziza, Harlem Désir remet à Daniel le prix "S.O.S. Racisme", lors de la Fête des Potes au Bourget le 7 décembre.
Mais si ce dixième album est sans doute le plus achevé au niveau des textes, il représente aussi une nouvelle façon de travailler la musique. Il a été enregistré en Ecosse avec de nouveaux musiciens : Matt Clifford (claviers), John Woolloff (guitares) et toujours Jo Hammer (batterie). Daniel a recherché une autre forme de son. Il l'a trouvé à travers le Fairlight, avec l'aide de Jo et Andy Scott. "Ce qu'il y a de fantastique, c'est qu'avec un tel instrument, il n'y pas de limite. Nous ne sommes prisonniers de rien".
En janvier 1986, Daniel a la tête pleine de projets. En mars, il doit partir en Angleterre pour y enregistrer avec ses musiciens un 45 tours qui ne sera pas un nouveau disque de Balavoine, mais celui d'un groupe. Ce sera un produit purement anglo-saxon, destiné aux anglo-saxons. En octobre, il doit de nouveau se produire au Palais des Sports.
Pour le moment, il s'engage dans le "Paris-Dakar, Pari du Coeur". Comme il l'a décidé l'année précédente, il retourne en Afrique pour amener aux populations de là-bas l'aide nécessaire à leur survie. Il emmène avec lui cent pompes à eau. Il veillera lui-même à leur installation.
Le 14 janvier 1986, c'est l'accident… Le silence s'est installé. Et même si Daniel Balavoine est toujours avec nous, quelque part
il nous manque. Cruellement.
Marie-dominique VANDENWEGHE